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Signé Lombard, une rencontre avec Laurent LefeuvrePublié le 09/03/2010
Signé Lombard, une rencontre avec Laurent Lefeuvre

Laurent Lefeuvre tombe très tôt dans la marmite bande dessinée : élevé aux illustrés de Lug autant qu'aux albums de Tardi ou de Moebius, il se compose très tôt un panthéon éclectique, une notion fondamentale chez cet autodidacte qui n'aime rien tant que varier les plaisirs. C'est ainsi que, sur les conseils de Pierre Dubois, il se lance dans l'illustration et réalise plusieurs livres sur les lutins. Comme le célèbre elficologue-scénariste (La Légende du Changeling avec X. Fourquemin au Lombard) , il n'aime rien tant que les mondes parallèles, le merveilleux tapi de l'autre côté de nos miroirs. Illustrateur complet, Laurent Lefeuvre est capable de passer du character-design à la réalisation, tout en trouvant le temps d'animer des interventions en milieu scolaire et change ainsi volontiers de style d'un travail à l'autre. Ainsi, pour sa première bande dessinée, Tom et William, il signe un vibrant hommage aux héros populaires de son enfance – les Akim, Zembla, Blek-le-Roc, etc. - et pousse le perfectionnisme jusqu'à adopter les méthodes de travail des créateurs de ces héros mythiques. Un début très prometteur qui laisse à penser qu’à l'instar des protagonistes de Tom et William, nous reverrons la signature de Laurent Lefeuvre à la Une d’un prochain numéro !sa première incursion dans la bande dessinée, Laurent Lefeuvre « signe » un somptueux hommage à la création, aux Prince Vaillant, Akim et autres Blek-le-Roc. Fervent défenseur des « BD. populaires » de son enfance, il s'en approprie les codes pour nous conter une fable existentialiste et exaltante, basée sur le principe de la mise en abyme, ici poussé à son paroxysme. Le résultat parlera à tous ceux qui ont un jour frissonné au fil des cases d'un Zembla ou d'un Akim, c'est à dire presque tout le monde ! Encadré : Les Éditions Roa Fondées en 1949 par le scénariste John King (alias Jean Roy), les Éditions Roa pour la jeunesse ont succédé aux Éditions SEB (Société d’Éditions Bretonne) suite à l’interdiction de leur série phare Cosmicman alors jugée trop violente par la Commission de la Loi sur la protection de la jeunesse. En évitant dès lors les foudres de la censure, leur premier titre, le bimestriel Action – Le Magazine de Cosmicman, remporta un vif succès auprès des jeunes Français. Suivirent rapidement des dizaines d'autres parutions en « petit format », présentant les aventures populaires de braves cow-boys, preux chevaliers, jeunes filles romantiques, astronautes intrépides et autres héros de guerre… Suite à la mort de King, les Éditions Roa déclinèrent et finirent par s'éteindre en 1984.

 Vous pouvez aujourd'hui (re)découvrir leur histoire sur http://roa.over-blog.com/

 Laurent Lefeuvre : « Je voulais retrouver cet esprit automatique » Mêlant allègrement la simplicité des souvenirs d'enfance et un existentialisme romantique, Laurent Lefeuvre signe, avec Tom et William, une œuvre à la croisée des chemins. Récit d'une aventure dans laquelle, il plonge personnages et lecteurs avec brio… « Tom et William » semble être né de cette idée selon laquelle «nous partageons tous un même imaginaire », comme dit l'un de vos personnages.

Pour vous, cet imaginaire prend sa source dans les « petits formats illustrés » de votre enfance ?

Oui. Quand j'en parle autour de moi, je m'aperçois qu'on est nombreux à avoir appris à lire dans ce que j'appelle des « BD de populaires », du type Akim ou Captain Swing, et alors principalement destinée à une jeunesse prolétaire. Je crois aussi que l'idée de la caisse de vieilles BD oubliées dans un grenier parle à tout le monde. Il y a un côté caverne d'Ali Baba et le petit Tom lui-même tient beaucoup d'Aladin, puisqu'il invoque ses « génies » que sont les héros des Éditions Roa. Son aventure est un peu celle dont j'ai toujours rêvé, et j'ai essayé d'y emmener le lecteur avec moi.

Pensez-vous que cette frange de la bande dessinée est trop déconsidérée aujourd'hui ?

Oui. On oublie un peu vite que des gens comme Pratt, Jacovitti, Micchelluzzi ou Bernet viennent de ces publications-là. C'était à l'époque un moyen de gagner sa croûte... et d'apprendre le métier ! Bien-sûr, dans le tas, il y avait de tout : des artisans et des faiseurs. On trouve aussi parmi ces bandes désuettes, des séries traduites en provenance de dictatures comme l'Argentine ou l'Espagne franquiste, à travers lesquelles leurs auteurs souvent anonymes, faisaient passer leurs frustrations politiques. Dans Tom et William, je fais passer le message en me cachant derrière le personnage d’Alain, connaisseur et collectionneur nostalgique! En passant, je trouve qu'il y a une satisfaction à rendre hommage à ce type de bande dessinée là ... Au sein d'une des collections les plus appréciées des lecteurs comme des libraires. Justement, ce personnage d’Alain mentionne ... son propre blog. Or, en fouillant sur Internet, on trouve ledit blog, ainsi qu'une foule de fiches Wikipedia sur les Éditions Roa ! Vous avez vraiment poussé très loin le concept de mise en abyme qui est lui-même au cœur de Tom et William. À un moment, on ne sait plus où s'arrête la réalité et où commence la fiction... C'était mon but. Se cacher derrière l'identité d’Alain, c'est à la fois pour créer un prolongement cohérent de l'univers que j'ai essayé de mettre en place, et pour le rapprocher le plus possible du lecteur en imprimant une trace de son existence dans notre réalité. Voilà pourquoi l'histoire se passe dans un futur très proche... en septembre 2010 : Dès que l'album commence, les survivants commencent à se poser des questions sur leur destinée et la possibilité que quelqu'un y préside. En ce sens, on peut parler de héros existentialistes... avec des dinosaures et des ovnis autour ! Cette mise en abyme et cet hommage rencontrent également un écho graphique, puisque vous dessinez dans un style qui évoque les illustrateurs classiques de comics. Oui, parce que ce sont précisément ceux qui m'ont le plus influencés. Mes auteurs de référence, ceux dont je traque les albums et dont la lecture me fait cavaler le palpitant, ce sont des gens comme Wrighston, Corben ou Eisner. Et s'il m'arrive de dessiner dans d'autres styles, faire un album avec ce mode d'encrage souple au pinceau, faits de traits fins et de taches est un rêve de gosse, et le moyen de plonger l'histoire et les personnages dans cette ambiance à la Strange.

Puisque l'histoire est finie à la fin de l'album, quels sujet aimeriez-vous explorer maintenant ?

Quand je réfléchis, je me reconnais une préoccupation constante : le passage invisible entre les réalités. Enfant, une série comme La 4e Dimension me fascinait. L'idée glaçante de passer le bras à travers un mur de cinq centimètres d’épaisseur et que la main ne soit pas dans la pièce d'à côté, mais dans une dimension parallèle… ! C'est sans doute pour ça que j'ai commencé par des livres sur la féerie et que cette idée se retrouve dans Tom et William... thématique enrichie au fil du temps par celles qui me correspondent aujourd'hui la paternité, l'amitié, le doute.

Vous intéressez-vous à la science-fiction ?

Pas tellement. En fait, pendant toute la réalisation de l'album, j'ai veillé à ne pas trop me renseigner sur les actuelles théories pour rester dans le ton. S'informer, c'était risquer à la fois de perdre une forme de naïveté qui colle au ton des illustrés « hommagés », de brider mon propre imaginaire, mais aussi de perdre de vue le vrai sujet de l'album en noyant le lecteur avec des théories. L'enjeu premier : c'est la relation entre un petit garçon et un jeune homme dans un monde devenu foutraque.

Voilà Tom et William. L'absence de documentation, comme contrainte artistique ? Pourquoi pas?

À l'époque, les auteurs n'avaient pas Internet, ni même le temps de s’informer. En bons conteurs, ils affirmaient d'énormes et délicieux mensonges dans leurs élucubrations scénaristiques. Je voulais retrouver cet esprit « automatique », dans le découpage ou le scénario. Par exemple, en réalisant les couvertures pour le blog, je me suis imposé la contrainte de ne pas passer plus de trois heures par illustration pour me rapprocher des conditions des gouacheurs qui les réalisaient alors à la chaîne. J'y ai même parfois passé de mauvais dessins car, en kiosque, les gamins prenaient l'illustré dont le cow-boy à la Une avait la chemise la plus pétante, mais pas forcément la mieux dessinée ! En clair, j'ai essayé de reprendre des codes d'une époque révolue, pour les plier à une nouvelle histoire!



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Source : Graphivore




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François Miville-Deschênes