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    avec PHILIPPE BERTHET ET YANN
 








Interview réalisée par Thibault Richard à l'occasion de la sortie de "Fleur de Bayou", le premier épisode des aventures de Poison Ivy paru aux éditions Dargaud.




 


Au-delà du fait qu’il s’agisse d’une baie en question dans la BD, pourquoi avoir choisi le titre « Poison Ivy » ? Est-ce un hommage à Dottie ?


Yann :Tout d’abord parce que ça sonne bien. Il fallait un titre qui fasse super-héroïne et avec « Poison Ivy » on est dans la lignée des comics américains. Qui plus est, comme les lecteurs le découvriront, ce titre est lié à son superpouvoir.


Est-ce que cette équipe de femmes aux pouvoirs surnaturels est une référence directe ou masquée à des personnages de comics existants  ?

Yann : Sans être une référence directe à une équipe existante, l’idée du groupe de femmes est un grand classique qu’on peut par exemple retrouver dans « drôles de dames » ou « Spy Girls »..

Est-ce que cette nouvelle série annonce le glas de Pin-up ?


Berthet : Non, pas particulièrement, bien qu’il faille reconnaître que nous avons un peu fait le tour du personnage et que la série est plutôt dans ses dernières aventures. Il n’en reste pas moins que Dottie n’est pas morte et que la fin du tome 9 laisse présager pour elle une nouvelle vie. Nous n’avons pour l’instant pas décidé de son avenir.

En revanche, nous avions envie de réutiliser le personnage de Poison Ivy qui apparaissait dans les strips de Pin-up (NDLR : Les premiers tomes de la série Pin-up traitent notamment de la réalisation d’une BD ayant pour héroïne une certaine Poison Ivy).

Nous étions attirés par l’idée d’imaginer la genèse de ce personnage. Nous avons donc créé cette série dérivée qui n’a plus grand-chose à voir avec Pin-up, notamment par son ton narratif tout à fait différent.


© Dargaud

Yann : La différence aussi  entre Pin-up et Poison Ivy, c’est que Pin-up n’est pas réellement une série. Avec Pin-up, nous avons fait  des cycles entre lesquels nous laissions Dottie en suspens. A contrario, nous voulons faire de Poison Ivy une véritable série.

A propos de Pin-up, il faut aussi souligner que la fin du tome 9 nous laisse des ouvertures. Dottie gagnera, je pense, à rester « en veilleuse » pendant un certaine temps et nous pourrions la retrouver dans cinq ans avec, pourquoi pas, un nouveau métier.


Il est donc impossible que Dottie rencontre un jour Swampy (qui ont fatalement plus ou moins le même âge vu que Dottie est censée être le modèle « vivant » de Poison Ivy) !

Berthet : Non car Dottie, à l’inverse de Swampy, est un personnage qui aurait pu exister. Pin-up raconte l’histoire possible d’une femme américaine. Poison Ivy relate les aventures d’une femme qui ne peut qu’être une héroïne de papier.

Il faut avouer que ce choix nous satisfait. Dans Pin-up, nous étions obligés de respecter l’histoire américaine. N’ayant plus cette contrainte avec Poison Ivy, nous pouvons laisser une place plus grande à l’humour.


Comment comptez-vous progresser dans cette série ? Par cycle ou par one-shots successifs ?

Berthet : La première histoire sera en deux volumes. Nous tenions à avoir l’espace nécessaire pour installer le personnage et lui faire vivre sa première aventure. A priori, la série évoluera ensuite au rythme d’une histoire par album.

D’où vient le goût de placer des personnages historiques dans vos BD’s (Hughes Hefner, Milton Caniff, Frank Sinatra, Jane Fonda ou plus récemment Roosevelt) ?

Yann : Ca crédibilise l’histoire et permet de rendre plus réaliste un personnage inventé.


© Dargaud

Est-ce que vous avez conscience du fait que vous participez ainsi à l’élargissement de la culture de beaucoup de vos lecteurs  ?

Yann :A franchement parler : non !

Comment ressentez-vous votre relation avec le lecteur ? Que pensez-vous qu’il attende de vous ?

Yann : Ce que j’attends de lui c’est qu’il achète l’album … et lui attend d’être content de l’avoir acheté (rires) !


Parmi les héroïnes que vous avez créées ensemble, laquelle est votre favorite : Swampy, Dottie ou Yoni ?

Berthet : C’est difficile à dire car il s’agit de 3 approches totalement différentes.

J’ai passé pas mal de temps avec Dottie et je peux dire d’elle que c’est un personnage que je connais bien, qui a évolué et auquel j’ai commencé à m’attacher.

Yoni c’était un archétype complètement différent. Elle était plus espionne ! Malheureusement elle n’a pas connu de suite et j’ai donc eu moins le temps de m’y attacher.

Swampy a l’avantage de la nouveauté, de sa fraîcheur, et de sa jeunesse ce qui fait que j’ai beaucoup de tendresse pour elle.

 


Le passage où Swampy se sent mal dans son nouveau corps est en effet émouvant…

Berthet : En effet, au-delà de la fantaisie et de l’humour, il y a une véritable histoire où l’on retrouve des moments d’émotion et de poésie.

Vous n’en êtes pas à votre premier album ensemble : qu’est-ce qui selon vous fait marcher votre collaboration ?

Berthet : Ca fait très longtemps qu’on se connaît et nous nous entendons bien. Nous n’avons pas besoin de nous expliquer les choses et l’on peut dire que nous avons une vraie connivence sur la manière de gérer une histoire et de la montrer au public.

Yann : Ce n’est d’ailleurs pas le cas de toutes les collaborations dessinateur-scénariste ! J’ai déjà eu des incompréhensions avec certains auteurs avec à l’arrivée un résultat qui ne plaisait ni à l’un, ni à l’autre. Chacun avait imaginé ou attendait quelque chose d’autre et ça a engendré certaines déceptions.

Berthet : Il y a effectivement parfois des situations de compromis. Fort heureusement, je m’épanouis totalement dans les projets que je mène avec Yann et je n’ai pas l’impression de me forcer à quoi que ce soit. Je pense que c’est la même chose pour lui. Il n’y a donc pas réellement de recette qui fait que notre collaboration soit fructueuse, mais le fait est que ça marche bien !

 

Comment vous viennent vos idées de scénario ?

Yann : C’est un travail comme un autre : je cherche un sujet, un thème ou une idée originale qui sorte de l’ordinaire. Ensuite je lis, je me documente, j’essaye de trouver une anecdote inédite ou peu connue et j’imagine des personnages, des conflits, …


Votre épouse Dominique David a réalisé les couleurs de cet album et c’était loin d’être une première Est-ce qu’une collaboration conjugale n'est pas complexe dans ce genre d'entreprise ?

Berthet : Non pas du tout. L’avantage c’est que justement Dominique connaît mon dessin par cœur et qu’elle comprend donc très vite ce qu’on attend d’elle. Dans le cas de Poison Ivy, elle intervient quasi comme un troisième auteur dans le sens où elle fait ses projections mentales dans les couleurs avec comme résultat une personnalité très forte que le lecteur peut ressentir. C’était déjà le cas, mais dans une moindre mesure, avec Pin-up. Pour cette série, elle avait dû reprendre en héritage ce qui existait déjà. Elle s’obligeait donc à rester dans le ton. Pour Poison Ivy, elle est totalement libre de créer.


Différenciez-vous le travail de scénariste ou de dessinateur du plaisir d’écrire ou de dessiner ? Autrement dit vous sentez-vous vraiment « au travail » ?

Berthet : Ca dépend des moments ! Il y a des jours où c’est dur ! Le public ne le sait pas nécessairement mais ce n’est pas parce qu’on sait dessiner qu’on aime dessiner tous les jours. Comme dans beaucoup d’autres professions, un dessinateur n’est capable de sortir le meilleur de lui-même tout le temps. Il y a des jours où je galère pour faire une planche et il y a des jours où c’est un véritable bonheur, où tout coule de source. Ce sont ces moments là que je préfère évidemment. J’imagine que Yann bloque aussi parfois sur l’écriture …

Yann : Il m’arrive en effet de bloquer sur un dialogue lorsque je veux  faire dire quelque chose à un personnage mais que je ne trouve pas la bonne formulation. J’ai ainsi eu des blocages pendant 3 ou 4 jours dans des cas où les intervenants devaient absolument prononcer quelque chose pour la suite de l’histoire alors qu’il ne me venait en tête que des phrases imprononçables.

 

 

Vous êtes tous deux français d’origine. Comment vous êtes vous retrouvés en Belgique ?

Berthet : Je suis né en France mais mon père travaillait en Belgique où j’ai suivi ma scolarité. J’y suis resté car j’y ai ensuite étudié à l’école Saint-Luc (NDLR : école supérieure bruxelloise disposant d’une section BD et dont sont issus de très grand noms de la BD) et ma carrière y a débuté ; ce qui est pratique car la plupart des éditeurs BD’s y sont localisés.

Yann : J’étais fauché et à l’époque, c’était formidable, les éditions Dupuis logeaient les dessinateurs étrangers qui venaient travailler en Belgique. Il y avait des lits de camps au grenier et je passais mon temps là. Je pouvais vivre de spaghettis bolognaise et de BD’s..


Comment considérez-vous le travail de dessin et ou de mise en couleur réalisé par ordinateur ?

Berthet : C’est un formidable outil et il n’y a aucune raison de lui tourner le dos. Je ne comprends pas les auteurs qui sont réfractaires à l’ordinateur même si je suis d’accord de dire que rien ne remplace la mise en couleur sur papier et que d’un point de vue purement artistique une œuvre sur ce support est plus authentique.

Moi-même je ne crée pas sur ordinateur à part certaines mises en couleur. Mais c’est surtout parce que je n’ai pas la connaissance suffisante pour dessiner directement par cette voie. Si j’en reste à ce que je connais, je peux dire que c’est un outil fabuleux pour la colorisation ! La difficulté consiste juste à faire en sorte qu’on ne ressente pas trop l’usage de l’outil informatique sur le résultat final.

Yann : L’ordinateur a maintenant remplacé la télévision dans beaucoup de familles dont la mienne. En tant que scénariste, je passe beaucoup de temps dessus. Parfois même, par pure curiosité, il m’arrive de taper des mots magiques sur des moteurs de recherche pour voir ce qui va arriver : une documentation, une explication bizarre ou quelque chose d’intéressant par rapport au sujet que je traite.


Si vous aviez pu écrire un scénario ou dessiner une BD qui n’est pas de vous quels auraient-ils été ?

Yann : J’aurais bien aimé inventer les Trolls de Troy réalisés par Arleston et Mourier. C’est le genre de BD qui me fait mourir et de rire. Je ressens une espèce d’affinité qui me fait dire que j’aurais pu le faire. Je m’y retrouve complètement et ça me fait fort rire. J’aurais été très content de le faire !


Si vous deviez être un personnage de BD, ça serait lequel ?

(peut-être aidés par l’évocation des réponses des autres auteurs) Le capitaine Haddock !





 
Marvano