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« Thèbes, l’antique capitale religieuse d’une Egypte plusieurs fois millénaire,… »
Le décor est planté ! C’est par ces quelques mots que débutent le premier volet des aventures d’Hotep, « Le scribe de Karnak ». Une toute première aventure, peut-être, mais certainement pas un coup d’essai pour son auteur, Rafael Morales !
En effet, jusqu’il y a peu, ce dernier était le dessinateur d’Alix, la célèbre série crée par Jacques Martin. Aux commandes du dessin, toujours sous l’égide de son créateur originel, Rafael Morales a peaufiné son savoir-faire et a aiguisé son crayon au fil des planches, sur pas moins de cinq aventures du héros romain, de « Ô Alexandrie » à « Roma Roma » le 24ème opus de cette série mythique. A côté de cela, il illustre sa grande passion pour l’Egypte Antique dans deux volumes de la collection « Les voyages d’Alix », « L’Egypte I et II ».
Faisant suite à son écartement quelque peu brutal de la série Alix, à présent entre les mains des héritiers de Jacques Martin, il rebondit sans hésitation et se lance dans la création d’une histoire 100% Morales !
L’univers est tout trouvé, l’Egypte Antique ! Case après case, son héros, Hotep, se taille déjà une belle place dans la collection Vécu des éditions Glénat et cela seulement après une toute première aventure…
Découvrons son auteur et son univers…
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Rafael Morales, dans votre biographie, on peut lire que vous êtes passionnés, depuis tout petit, par l’histoire et la bande dessinée. Comment et quand est né ce double intérêt ?
Rafael Morales : Comme beaucoup d’enfants de ma génération, je pense, j’ai appris à lire dans les bulles des bandes dessinées et des livres pour enfants. Babar, Bécassine, Petzi, Gaston, Spirou, etc… Ma mère me les lisait et je ne me souviens pas d’une seule époque de ma vie où je n’ai pas beaucoup lu, BD ou autre. L’histoire, c’est arrivé un petit peu plus tard, quand j’ai visité les ruines romaines et les châteaux de Suisse Romande. Là non plus, l’intérêt pour les « vieilles pierres » ne m’a jamais quitté. Sur les sites, j’ai toujours été impressionné par l’ambiance et très tôt j’essayais d’imaginer comment les gens de ces anciens temps vivaient, ce qui avait pu se passer dans ces lieux qui pour moi étaient, et sont toujours, magiques. Alors, lorsque vers 11-12 ans j’ai découvert Alix à la bibliothèque de mon collège (j’avais choisi le latin !), cela m’a tout de suite parlé. Travailler avec Jacques Martin pendant une si longue période m’a permis de concilier ces deux centres d’intérêt. Et je poursuis l’aventure aujourd’hui avec Hotep, de façon plus personnelle.
Et cette passion pour l’Egypte antique plus particulièrement, quand et comment est-elle apparue ?
Rafael Morales : L’Egypte, c’est plus récent, je l’ai découverte grâce à Jacques Martin, avec qui je travaillais déjà, notamment sur le « Tombeau de Toutankhamon ». Pour réaliser cet ouvrage, j’ai pu aller consulter les archives d’Howard Carter, (le découvreur de sa tombe en 1922) à Oxford et surtout je me suis rendu en Egypte pour l’album L’Egypte (1), à l’époque dans la collection « Les voyages d’Orion ». Là-bas, il s’est passé quelque chose en moi et encore aujourd’hui je n’aspire qu’à retourner sur cette fascinante terre des pharaons. C’est idiot et cliché à dire, mais là-bas je me sens presque chez moi, ce que je n’ai pas ressenti en découvrant le Forum de Rome, par exemple, même si cela m’a beaucoup intéressé. Il y a en Egypte quelque chose en plus que je ne m’explique pas…
Maintenant, pour approfondir mes connaissances, je suis en train d’apprendre à lire les hiéroglyphes, et j’y trouve beaucoup de plaisir.
Quand on feuillette rapidement vos différents albums, on peut constater immédiatement la présence, quasi toutes les deux pages, de magnifiques larges cases où se construisent des décors foisonnants de détails. Chacune d’entre elles est un cours d’histoire et d’archéologie… Sont-elles indissociables de votre style et sont-elles, elle-même, des personnages centraux de vos histoires ?
Rafael Morales : Je ne me vois pas présenter Rome ou l’Egypte sans planter le décor, sans mettre le lecteur dans l’ambiance.
Dans la bande dessinée, j’estime que cela doit apporter quelque chose au récit, pas seulement attirer l’œil, j’ai toujours adoré ce genre de cases, je peux vraiment m’y exprimer. Mais si je faisais de la science-fiction, je crois que je montrerais aussi des cases panoramiques de villes ou de vaisseaux spatiaux. Ce genre de cases m’a toujours fait rêver et le rêve est quelque chose d’indispensable quand on crée ou qu’on lit ce genre de livres. Beaucoup de gens me disent qu’ils apprécient ce genre de dessins car ils peuvent s’y replonger après la lecture de l’aventure, approfondir l’exploration des détails… C’est aussi fait pour ça !

Au vu de votre travail et de la qualité de vos reconstitutions, votre bibliothèque sur le sujet doit valoir le détour
Rafael Morales : Merci, je me donne beaucoup de mal pour mes décors en effet, et je m’appuie sur une importante documentation réunie au fil du temps. Je lis et j’achète beaucoup de livres et de revues sur l’Egypte, plus que de BD, je dois bien l’avouer ! Une autre de mes passions est la photo, et lors de mes voyages j’ai aussi ramené une belle moisson d’images dont je me sers quasiment tous les jours pour Hotep ou « les voyages d’Alix ».
Pour mes décors de BD, je tente, autant que faire se peut, de ne pas trahir mon sujet et d’être le plus près possible d’une réalité qui de toute façon est inatteignable. Si les aventures que j’écris sont inventées, je les mélange avec des personnages historiques et des lieux réels. Malgré tout, cela reste une vision artistique et personnelle et je ne prétends pas être archéologue ni égyptologue. Mais on m’a déjà dit plusieurs fois que mes albums étaient utilisés par des guides en Egypte, sur les sites et sur des bateaux de croisière. Et aussi dans des écoles. Et ça, ça fait vraiment plaisir !
Comment est né Hotep, quelle en fut la première étincelle ?
Rafael Morales: Cela faisait longtemps que j’avais envie de créer quelque chose seul. J’aimais dessiner Alix, mais je n’avais pas beaucoup de liberté ni grand-chose à dire, surtout vers la fin de notre collaboration et je savais depuis longtemps, qu’un jour je ferais une BD sur l’Egypte.
Maintenant, soyons honnêtes, abandonner une série comme Alix n’est pas chose aisée, sur tous les plans, surtout après autant d’années consacrées à l’œuvre d’une seule personne (plus de 18 ans, la moitié de ma vie à ce moment-là !). Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour me retourner le jour où j’ai été débarqué sans préavis, mais une rencontre avec l’archéologue Jean-Yves Empereur (archéologue et égyptologue français, qui a notamment mené des fouilles importantes sur le phare d’Alexandrie,ndlr) a été en quelque sorte le déclic pour l’idée de la période où j’allais faire évoluer mon personnage qui pour moi, devait être un scribe de Karnak, un prêtre…
Lors d’un salon du livre historique à Blois avec Jacques Martin, nous avions passé toute une soirée à discuter d’Alexandrie et de l’Egypte « tardive » avec cet helléniste qui s’est rendu célèbre par les films racontant ses fouilles sous-marines de l’antique cité des Ptolémées. Après réflexion, j’ai trouvé cette période très intéressante pour une BD, elle est beaucoup moins connue et moins « bateau » que celle de Toutankhamon ou des Ramsès pour laquelle des centaines de livres, romans, et autres avaient déjà été écrits. Et cette période me permet (et me permettra) de traiter de nombreux sujets intéressants et actuels : la confrontation des civilisations, l’extrémisme religieux, la corruption, la soif de pouvoir, beaucoup de facettes de le nature humaine. Et historiquement, c’est une période charnière où on assiste à l’hellénisation de l’Orient et du bassin méditerranéen, une « mondialisation » avant l’heure qui préfigure l’Empire romain.
Vous avez choisi de mettre en scène un héros marié avec des enfants, pourquoi cette volonté ?
Rafael Morales : D’abord, je ne voulais pas d’un « héros », je préfère parler d’un personnage principal qui humainement a des qualités et des défauts. Un être humain complexe, avec ses enthousiasmes et ses failles. Quelqu’un qui veut préserver les richesses d’une grande tradition et d’une civilisation brillante tout en vivant avec son temps et avec une ouverture sur l’extérieur, ce qui n’est pas le plus simple !
Si j’avais fait un jeune héros intrépide accompagné d’un ami plus jeune que lui, j’aurais essuyé quelques critiques…
Non, blague à part, j’y ai beaucoup pensé lors de la création de la série. Je voulais un adulte, un égyptien d’à peu près mon âge qui soit un lettré, qui aime l’écrit et la culture et qui puisse vivre des aventures intéressantes dans le cadre historique dont j’ai déjà parlé. Et puis je trouvais intéressant qu’il ait une famille, même si ce n’est pas toujours facile à gérer. C’est évidemment plus commode de créer un héros sans attaches, quelqu’un de complètement libre, mais je trouvais plus intéressant, justement, de créer quelqu’un d’ordinaire à qui il va arriver des choses qui le sortent de son cocon, de son univers bien confortable pétri de certitudes. Et dans ce sens-là, Hotep pouvait avoir une famille, et de plus le premier scénario prouve que l’on peut écrire une histoire avec un personnage qui a des responsabilités, des liens forts et une vie plus proche de la vie réelle de vous et moi et que cela reste, je l’espère, intéressant. Hotep est bien plus proche de moi qu’Alix, on l’aura deviné…
Tant qu’à faire une BD personnelle, autant raconter des choses qui me tiennent à cœur.
En tant que scénariste et dessinateur, comment concevez-vous une planche ?
Rafael Morales : Je pars d’abord d’un script que je développe sur les 46 planches par écrit avant de faire le moindre dessin, même si j’ai déjà plein d’images en tête.
Ensuite, j’écris les séquences puis j’établis un petit « story board » assez succint qui me permet de préciser la mise en page. Quand il me satisfait, je réalise la planche au crayon avant de l’encrer à la plume, avec l’aide de Rotring pour certains décors.
On voit que vous apportez un soin très particulier aux choix des couleurs, aussi bien pour les ambiances qu’une fois de plus, pour la véracité historique. Est-ce un élément important à vos yeux ?
Rafael Morales : Très important et je m’implique beaucoup dans cette partie aussi. Pour chaque planche, je vois la coloriste, Micheline Pochez, pour lui parler des couleurs, lui donner mes indications sur photocopies, photos, documents, etc… Et elle réalise la mise en couleurs sur gris, à l’aquarelle et aux encres.
On travaille en réelle collaboration et je suis très content du résultat, elle sait maintenant ce que j’attends et c’est en effet primordial pour le résultat final.

Quelques mois après la sortie de ce premier album en solo, quels sont vos sentiments par rapport à cette nouvelle expérience ?
Rafael Morales : Je suis passé par plusieurs sentiments depuis la publication, de l’exaltation à une certaine décompression. Ce n’est pas rien à vivre que de voir son premier essai personnel livré aux lecteurs. Le public des dédicaces que j’ai pu rencontrer ici ou là a réservé un accueil chaleureux à Hotep et j’en suis très content. Je crois que ce qui est le plus difficile pour un créateur est de mettre un point final à son ouvrage et à le laisser vivre sa vie, rencontrer son public, après avoir passé autant de temps à travailler dessus, à tout maîtriser. C’est un peu nouveau pour moi et c’est aussi très exaltant.
A qui conseilleriez-vous la lecture d’Hotep ?
Rafael Morales :À tous ceux qui aiment la BD et l’histoire, ou seulement l’un des deux, ce qui fait beaucoup de monde !
En dédicace, j’ai pu me rendre compte que des amateurs de l’Egypte ancienne qui ne lisent pas forcément de BD ou des voyageurs se rendant ou s’étant rendu en Egypte étaient aussi intéressés par Hotep.
Pour autant, Hotep n’est pas réservé aux personnes qui connaissent l’histoire ou l’Egypte, c’est aussi accessible à un public qui ne connaît pas le sujet, je crois que c’est une BD tout public où on ne croule pas sous les infos ou les termes compliqués. Ça peut même être une initiation, même si je ne m’adresse pas à de jeunes enfants, je pense qu’à partir de 10-11 ans on peut y trouver intérêt.
Qu’en est-il de la suite de Hotep, « La gloire d’Alexandre », tel qu’il est annoncé à la fin de ce premier tome ?
Rafael Morales : Il devrait sortir début 2009. Cela aura affaire à Alexandre le Grand, directement et indirectement, je n’en dis pas plus…
Quel est votre regard sur la place actuelle de la bande dessinée historique dans le monde de la BD ?
Rafael Morales :Délicate et vaste question ! On entre là dans le compartimentage, l’étiquetage du travail artistique, ce dont j’ai horreur et que j’ai de la peine à comprendre.
Bon, il y a le côté commercial et marketing incontournable où il faut pouvoir identifier immédiatement un album parmi les nombreuses sorties et nouveautés qui arrivent en flot ininterrompu, ça je le conçois, mais j’ai pour ma part toujours eu des goûts éclectiques en toute chose. En musique, je peux passer de Mozart à Led Zepplin en passant par Massive Attack, tout en adorant le blues, le Métal et la chanson française, et en BD c’est pareil, alors …
Mais en ce qui concerne la « BD historique », il faut bien constater que ce n’est pas le genre le plus à la mode ces temps-ci ! Mais sans même parler des mangas, je me vois mal dessiner des dragons ou des trolls pour suivre une mode ou l’autre qui finira bien par passer un jour...
Et puis, je fais exactement ce que je veux, et ce que je sais faire, j’ai totale liberté chez Glénat, je suis soutenu et j’apprécie vraiment ça. Et le fait que la BD historique soit moins populaire n’est peut-être pas si vrai, regardez Marini, Dufaux, Chaillet, il y a plein de bonnes choses et on évite une déferlante de publications opportunistes et faites à la va-vite pour surfer sur une vague, comme on a pu le voir dans d’autres secteurs.
Je pense que quoi que l’on fasse, il faut le faire par passion et s’y donner entièrement, alors peu importe que ce soit de l’humour, de la SF ou de la BD historique.
A côté d’Hotep, d’autres projets en cours ?
Rafael Morales : Oui, le troisième tome des « Voyages d’Alix » sur …L’Egypte (incroyable, non ?) est presque terminé et devrait sortir début 2009.
Je l’ai réalisé en collaboration avec Léo Palmisano, un dessinateur plein de talent.
Et j’écris aussi un autre scénario (historique, mais pas dans l’Antiquité) sur un sujet que j’espère original, mais là pour un autre dessinateur. Il est trop tôt pour en dire plus à ce stade.
Et le tome 3 d’Hotep est déjà partiellement écrit, j’ai plein d’idées pour les tomes 4, 5… Je compte bien ne pas m’arrêter de sitôt !

Pour conclure, une question amusante et traditionnelle pour le Graphivore… Si vous étiez un personnage de bande dessinée, lequel seriez-vous ?
Rafael Morales : Un seul, difficile à dire, mais Gaston Lagaffe pour l’ordre sur mon bureau et une certaine philosophie de la vie, Buck Danny pour pouvoir piloter des avions, Axle Munshine, le Vagabond des Limbes pour pouvoir explorer l’espace à bord du « Vaisseau d’Argent » et Hotep, bien entendu, pour pouvoir visiter l’Egypte antique !
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En attendant impatiemment la lecture de ce tome II, replongez-vous dans les différents albums de Rafael Morales, ou suivez son travail semaine après semaine sur son blog : http://rafaelmorales.canalblog.com/
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