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    avec LEMMENS - NIHOUL
 








Interview de Xavier Lemmens et Philippe Nihoul réalisée par Bruno Gilson et Ludovic Foulon dans le cadre de la sortie du tome 1 de Commando Torquemada, "Pour La Plus Grande Gloire de Dieu", paru aux éditions Fluide Glacial.


 
Bonjour Philippe Nihoul et Xavier Lemmens. Heureux de vous accueillir à Louvain-La-Neuve par une agréable journée d'été propice aux nombreuses révélations annoncées...
Vous allez donc nous présenter Commando Torquemada sorti récemment aux Editions Fluide Glacial et dont vous faites actuellement la promotion lors de ce Fluide Slumberland Tour 2007.

Parlez-nous de l'origine de votre bébé et de cette malédiction qui semble persister autour de votre œuvre ?
Philippe Nihoul : La genèse de notre aventure a commencé de la sorte : on a déconné un jour avec Denis Bodart (ndlr : dessinateur de Green Manor dont nous vous recommandons la lecture) parce qu'il avait eu un rêve dans lequel il imaginait réaliser une BD dont la vedette serait une nonne. Son idée se limitait toutefois à cela et à son nom : Sara. On a donc commencé à déconner autour de cette idée, on l'imaginait agent secret, elle aurait des visions, etc. Mais Denis étant fort occupé, il n'avait pas le temps de le faire et il m'a laissé le bébé et un très vague synopsis. Porté par l'élan, j'ai réalisé le premier tome dans son intégralité.

C'est à ce moment qu'il a fallu se mettre à la recherche d'un dessinateur. Et là, les premières surprises ont commencé à arriver. Les réactions des premiers dessinateurs contactés étaient assez effrayantes. Pour l'anecdote, il y en a même un qui m'a dit : « Mon courage n'irait pas plus loin que de l'acheter en librairie ». - Rires gras de l'assistance - . Puis, j'en ai parlé à Pierre Bailly (ndlr : dessinateur de Agadamgorodok) qui a pensé à Xavier. Je lui ai donc envoyé le scénario de Commando Torquemada, il l'a bien aimé et a réalisé une planche. Ca a collé assez vite pour ne pas dire immédiatement. Et Xavier étant un stakhanoviste très rapide, l'abum a progressé à une allure impressionnante.

Il nous a ensuite fallu trouver un éditeur. C'est à ce moment que les romains s'empoignèrent. C'est bien simple, on s'est fait jeter d'à peu près partout. Les arguments étaient toujours les mêmes : « Oui c'est bien, mais pas chez nous ! » C'est alors que l'on est allé chez FLUIDE et Thierry (ndlr : rédac chef de Fluide Glacial) nous a accueilli les bras ouverts. Après quelques ajustement imposés par la hiérarchie sur la technique d'écriture, la structure narrative mais non sur le fond, on a lancé la machine sans plus attendre! Je m'attendais à ce que la recherche d'éditeur ne soit pas simple mais pas à ce point !

Xavier Lemmens : Pourtant, je ne trouve pas ce livre particulièrement acerbe. Il y a bien deux trois petites piques mais de là à faire fuir tous les éditeurs... je ne m'attendais pas du tout à cela.

Philippe Nihoul : Il faut dire que l'on est prodigieusement mal tombé parce qu'en pleine présentation du produit aux éditeurs, Jean-Paul II a eu la fâcheuse idée de casser sa pipe. Et les affaires des caricatures de Mahommet n'ont pas aidé non plus... Là, c'en était trop. On a bien un moment pensé que les éditeurs joueraient là-dessus mais ... oui mais non ! - Rires gras de tout le monde.


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A quelles motivations profondes et personnelles avez-vous dû faire appel face à tant de levées de boucliers ? Quel fut le déclic ultime qui vous décida à vous lancer dans la bagarre si je puis dire ?
Philippe Nihoul : Je viens d'une famille de sans dieu, je n'ai pas été élevé dans la religion, ni même dans la haine de la religion. On n'en parlait pas tout simplement car cela n'existait pas pour mes parents ! Toutefois, cela m'a toujours intéressé, j'ai toujours aimé la bible que j'ai lue par ailleurs plusieurs fois. Je trouve ce bouquin remarquable. C'est LE livre par excellence ! Mais je trouve délirant l'usage que l'on en fait.

Puis ce qui nous a vraiment décidés, c'est l'arrivée du Da Vinci Code. Ca m'a tellement énervé ce truc, j'ai trouvé ça d'un niveau absolument consternant, un peu comme un mauvais Bob Morane - Rires gras pour la troisième fois - Très mauvais même ! Au vu du succès encouru par ce bouquin qui ne fait que ressasser des vérités connues de longue date, j'étais vraiment excédé et tout est parti comme ça. On a en réalité voulu réaliser l'anti Da Vinci Code. Puis il s'est avéré que l'on a fait l'anti Janitor, mais cela on ne le savait pas à l'avance.


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Qui sortira vainqueur de votre duel « Torquemada – polars millénaristes » ?
Philippe Nihoul : Je suis issu, que je le veuille ou non d'un monde judéo-chrétien et je sais ce dont je parle. Il n'en serait pas de même avec la religion musulmane, le bouddhisme, etc... Mais plus qu'un livre anticlérical, c'est plus un gros foutage de gueule sur les polars millénaristes et le retour du politiquement correct. C'est vraiment quelque chose qui nous casse les pieds. Tout est trop consensuel et l'on ne peut plus rien dire sur rien. On vit en, Belgique dans un Pays de consensualisme mou et nous trouvons cela révoltant !


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Y a t-il des restrictions ou contraintes pour les tomes 2 & 3 ?
Thierry Tinlot, rédac chef de Fluide Glacial : Non car il s'agit d'un bouquin qui est assez atypique par rapport à FLUIDE et ses histoires courtes publiées dans le mensuel. C'est la première fois que FLUIDE fait un long récit qui n'est pas pré-publié. Normalement, j'avais une pré-pub dans Bodoï qui avait accepté de le prendre mais le patron s'est fait viré juste au moment où on allait la commencer. Donc je ne l'ai pas eue, mais je retaperai sur le clou pour le 2.

Avec Commando Torquemada, on voulait essayer d'autres choses. Comme cela ne fait pas très longtemps que je suis là, je n'ai pas le poids des habitudes. Je ne suis pas encore engoncé dans des ornières, je découvre encore. J'essaie de faire en sorte que la culture maison s'ouvre un petit peu et que l'on puisse faire des ouvrages un peu pointus comme celui-là. FLUIDE a aussi une histoire par rapport à cela puisqu'une de ses séries les plus connues est Soeur Marie-Thérèse des Batignolles qui a eu aussi son lot de problèmes. Je viens d'apprendre par exemple que sur telle et telle couverture il y avait eu des procès, gagnés mais procès quand même !


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Est-ce un one-shot ou doit-on s'attendre à une série à rebondissements ?
Xavier Lemmens : Il y aura normalement au moins trois albums. Puis on verra ce qu'il adviendra. Pour les deuxième et troisième volumes, le canevas est plus ou moins mis en place. Le second tome parle des tribus. Le trio est affecté comme garde du corps à la garde d'une nonne chantante qui a de gros démêlés avec la rock'n'roll attitude et son statut de nonne. Et donc il s'agit là des tribulations du Commando Torquemada dans le milieu du rock'n'roll à la grande joie de Feargal et de Malachie, ce dernier pourra en effet tester des tas de substances...


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Au niveau technique entre vous deux, comment cela se passe-t-il ?
Xavier Lemmens : Pour le premier tome, j'étais quasiment devant le fait accompli. J'aurais pu apporter quelques modifications mais chemin faisant je fus d'accord avec la majorité du travail accompli. Il y eu bien quelques cases à rectifier mais dans l'ensemble, j'étais grandement satisfait du travail réalisé par Philippe. J'aimais bien le sujet et le ton employé. Par contre, il y avait un peu beaucoup de texte à mon goût et là, il a fallu faire des concessions, de son côté comme du mien.

Philippe Nihoul : On a pas mal joué au ping-pong : « Cela ça me plaît, cela pas, y'a trop de cases, là y'a trop de texte, etc. » Pratiquement parlant, on communique essentiellement par mail et par téléphone puisque l'on n'habite pas encore ensemble...

Xavier Lemmens : Il n'y aura pas de changements majeurs dans les tomes deux et trois, je vais continuer dans la même veine graphiquement. Le dessin va bien un petit peu évoluer. Je compte dessiner Feargal de manière un peu plus réaliste. En fait, je ne fais jamais de recherche de personnage. J'ai donc commencé directement à faire la page avec mes personnages qui évolue en fonction justement du nombre de page. On le voit d'ailleurs un petit peu vers la fin.



 
Seron