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Entretien avec Dimitri Piot à l'occasion de la sortie de Koryu d'Edo
Koryu d’Edo est votre premier album. Pourriez-vous nous le présenter ?Koryu d’Edo est une histoire d’amour entre deux jeunes étudiants à l’époque contemporaine qui a lieu en parallèle avec une autre histoire d’amour dans le Japon médiéval. L’originalité de l’album réside dans un jeu graphique dans la représentation de ces deux périodes. L’époque contemporaine est dessinée de manière réaliste en utilisant la technique de la couleur directe alors que l’époque médiévale est réalisée dans le style des estampes.
Décrire le Japon médiéval en travaillant sur base d’estampes n’a pas dû être quelque chose de facile. Pourquoi avoir fait ce choix ?Je souhaitais bien fragmenter les deux époques et pour bien le représenter, je voulais utiliser deux styles différents. Ma documentation était principalement basée sur des estampes japonaises pour tout ce qui concernait les costumes, des bâtiments… De ce fait, je suis arrivé tout naturellement à choisir de représenter l’époque médiévale sous forme d’estampes. J’ai d’abord fait un test pour voir si c’était faisable et si l’histoire restait crédible. Vu que le test était concluant, j’ai foncé dans cette voie-là.
D’où vous est venu le choix du Japon ?Petit, j’avais un camarade de classe qui s’appelait Koji, comme le héros. Je jouais beaucoup avec lui et il m’a fait découvrir sa culture par le biais des mangas. Quand je parle du manga, je ne parle pas du Club Dorothée où les mangas traduits ont été fortement dénaturés par rapport à l’histoire d’origine. Koji avait des mangas japonais et j’étais intrigué par les objets et le mode narratif japonais au sein du manga.
Pourquoi avoir souhaité commencer par un album au format carré ?J’avais envie d’entrer dans une collection atypique ayant un certain caractère. J’en avais discuté avec Frank qui m’avait dit que s’il avait commencé dans la collection « Aire Libre » de Dupuis, c’est parce qu’il s’y sentait utile. Lorsque j’ai signé, la collection « Carré » n’était pas portée vers la nouveauté étant donné que le dernier album sorti datait d’au moins trois ans. Je me sentais donc utile dans cette collection-là. A ma connaissance, la collection « Carré » est un peu « l’Aire Libre » des éditions Glénat.
Quel est votre personnage avec lequel vous avez le plus d’affinités ?Je pense que j’ai de l’affinité avec tous mes personnages vu qu’ils sortent de ma tête mais celui dont je me sens le plus proche reste Koji. J’étais tout comme lui indécis dans ma jeunesse mis à part que je voulais faire de la bande dessinée…Mêmes relations avec les filles, parentales, à l’autorité… Je me sens finalement assez proche de lui. Et tout comme moi, à la fin du livre, il trouve un peu sa voie.
Selon vous quelles sont les points communs entre Koji, le jeune homme moderne et Koryu le samouraï ?Je ne sais pas s’il y a réellement de points communs entre les deux mis à part une sentimentalité dans leur vie. Ils ressentent tous deux quelques chose pour quelqu’un, mais cela s’arrête là.
Je pense qu’il y a plus de différences que de points communs entre Koji et Koryu. Koryu sait où il va. Il aime Satsua et veut vraiment la sauver. Koji est un peu paumé contrairement à Koryu qui, du fait du code d’honneur des samouraïs, sait où il va.
Pour un premier album, vous avez pris le pari de réaliser vous-même aussi bien le scénario que le dessin et les couleurs. Ne vous êtes-vous pas senti trop seul dans la réalisation ?Non, car mon entourage m’a beaucoup soutenu et il y avait, de plus, Etienne Schréder qui m’avait été conseillé par mon éditeur. Il m’a motivé à me lancer dans cet album et l’a suivi de très près aussi bien au niveau de l’écriture que du story board, de la mise en scène… Et ce de la genèse à la fin du livre. Il a veillé à ce que le travail soit fait tout en respectant une certaine cohérence.
Il y a un côté stressant à se lancer à corps perdu dans un album dans lequel on réalise aussi bien le scénario que la couleur ou le dessin. Il y avait un solide challenge à relever, mais quand on sait où on va, c’est réalisable et je dois reconnaître qu’Etienne Schréder a bien veillé au grain.
Au niveau des couleurs, vous avez opté pour la couleur directe. Pourquoi ce choix ?Quand j’étais aux études en Arts Plastiques, nous avions beaucoup étudié la couleur, donc travailler en couleur directe m’est venu tout naturellement. J’estime plus difficile dans mon cas d’encrer de manière classique ou pire de réaliser tout un album en noir et blanc comme l’ont fait entre autre Schuiten et Crumb. Ces derniers sont capables de traiter le noir et blanc comme une matière, un fil conducteur d’un album, ce qui me semble beaucoup plus complexe.
On dit souvent qu’un auteur se met à travailler en couleur directe quand il arrive à l’apogée de son art. Dans mon cas, je pense que je serai à l’apogée de mon art quand je serai capable de travailler uniquement en noir et blanc.
Comment ressentez-vous votre relation avec le lecteur ? Que pensez-vous qu’il attende de vous ?Je n’y ai pas réfléchi quand j’ai commencé Koryu d’Edo et je dois reconnaître que j’ai d’abord pensé à me faire plaisir à moi. J’avoue qu’il y a une certaine forme d’égoïsme dans tout cela car je n’ai pas vraiment pensé au lecteur. J’y ai toutefois pensé en faisant en sorte que l’histoire soit linéaire et suffisamment claire pour qu’il puisse tout comprendre sans trop se poser de question, d’où le fait d’avoir mis au début du livre un glossaire.
Quel est votre prochain projet ?Cela porte malheur d’en parler, donc je ne vais pas trop en dire. Toutefois, je travaille actuellement sur deux projets qui se dérouleront à Bruxelles. Je travaille seul pour l’un et suis au dessin sur un scénario d’Etienne Schréder pour l’autre. Mais nous n’en sommes qu’à la genèse, il faut que tout cela se mette en place.
Si vous étiez un personnage de BD quel serait-il ?Blueberry car même quand il est saoul et crade, il parvient à rester classe et à séduire les filles !!!
Quelle BD qui n’est pas de vous auriez-vous aimé dessiner ?J’hésite. Il y a « Rêves d’Enfants » de Katsuhiro Otomo qui m’a vraiment plu car le style narratif y est exceptionnel. Je pense d’ailleurs que c’est un livre de chevet de plusieurs auteurs et pas seulement des auteurs de manga parce qu’il arrive à créer une atmosphère et à happer le lecteur dans une chaine narrative assez forte. C’est d’ailleurs l’un des livres qui a lancé sa carrière malgré le fait qu’il n’y a pas vraiment d’intrigues fortes. L’ambiance y est vraiment prenante.
Il y a aussi « Nez Cassé » de Blueberry qui est un album « jusqu’au boutiste » vraiment épatant. Je pense que Giraud lui-même a reconnu dans une interview que c’était un album épatant à dessiner ! Pour tout dire, j’ai été jusqu’à découper chaque planche de l’album et ai par informatique supprimé toutes les couleurs afin d’étudier son encrage.
Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?Que je réalise mes prochains ouvrages avec intégrités et sincérités tout en préservant l’innocence de mes débuts.
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