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    avec DANY
 








Interview réalisée par Héloïse Dautricourt à l'occasion de la sortie de l'album "Transylviana", dans le cadre de la sortie de l'abum Transylviana, le dernier tome de la série Sur les traces de Dracula (paru aux éditions Casterman).



Dédicace Dany Transylviana
 


Transylvania, dernier épisode de la trilogie « Sur les traces de Dracula » vient de sortir. Pourriez-vous nous le présenter ?

Dany : Cet album qui sort en troisième position dans la trilogie « Sur les Traces de Dracula » aurait dû en être le premier tome. C’est en fait le point de départ de toute cette aventure écrite par Yves H. Il a eu l’idée de cette histoire après un voyage que j’avais effectué, avec mon épouse Marcy, en Roumanie. Nous avions fait ce voyage plus précisément « sur les traces de Dracula ». J’ai toujours été assez passionné par le personnage.

Rentrés au pays, Nous avions invité Hermann, son fils (Yves H) et leurs épouses et j’avais raconté notre voyage avec ses péripéties, ses ambiances étranges, ses moments d’émotions, les personnages particuliers que nous y avions rencontrés. Yves m’avait écouté attentivement et je pense qu’il avait ressenti mon envie de dessiner une histoire sur ce thème. Trois mois après, il est revenu chez moi avec un synopsis qui correspondait exactement à ce que j’avais envie de dessiner. Il avait inventé cette histoire d’un dessinateur et de sa femme qui partent pour un voyage de documentation en Roumanie. Voyage qui tourne au cauchemar absolu.

J’étais ravi de ce projet, mais étant en train de travailler sur un album coquin ou un Olivier Rameau (ou les deux à la fois !) je ne pouvais m’y consacrer dans l’immédiat. Le temps passe et Yves, en se docummentant, trouve qu’il y a matière à faire beaucoup plus qu’un seul album. Il écrit donc la bio de Vlad l’Empaleur et celle de Bram Stocker. Comme Transylvania était censé être le premier album de cette trilogie, je devais pratiquement commencer sur le champ, ce qui m’était impossible. J’avais donc dû déclarer forfait, ce qui ennuyait tout le monde et surtout moi. J’étais l’instigateur du projet, tout de même !!! La solution a été trouvée par Yves, finalement : commencer la trilogie avec Vlad l’empaleur, illustré par Herman ; la vie de l’auteur, Bram Stocker , illustrée par Séra et enfin, terminer par notre histoire contemporaine « TRANSYLVANIA « . Grâce à ce changement de programmation, j’avais un an pour dessiner mon album. Ce que j’ai fait dans les temps. (un peu limite, selon Casterman !) Et l’album est sorti en 2006 ainsi que le coffret.

Dany et Marcy décembre 2006


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On reconnait bien votre épouse Marcy dans le personnage Marcia. D'où vient cette envie de mettre des touches autobiographiques dans cet album ?


Dany : C’est une idée d’Yves H de mettre en scène un dessinateur et sa femme et, au départ, il avait même été jusqu’à appeler les personnages Dany et Marcy. C’était un peu exagéré!D’ailleurs j’en ai profité pour rendre l’histoire plus sexy en rajeunissant les personnages. Je ne me suis pas dessiné car je n’en avais pas spécialement envie et puis, j’aurais dû prendre des photos de moi à l’époque, et cela devenait compliqué… Par contre Marcy, qui a gardé sa silhouette d’il y a 20 ans, a beaucoup posé pour le personnage de Marcia. C’est clair que ce sont ses attitudes, ses vêtements, ses expressions … Par exemple, Marcia tire la gueule exactement comme Marcy. (rires !).



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Marcy, comment vous sentez-vous impliquée dans l’œuvre de votre mari ?

Marcy : Je suis sa première lectrice et sa première critique. De mon côté, je réalise les couleurs pour d’autres dessinateurs. Concernant TRANSYLVANIA, j’étais ravie d’être en quelque sorte représentée dans cet album. C’était en effet une aventure que nous avions vécue ensemble et j’étais contente de poser pour le personnage de Marcia.



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Comment se passe la vie avec un dessinateur ?

Marcy: On est ensemble depuis très longtemps et je pense que si nous le sommes toujours c’est que  nous ne  nous ennuyons pas ! Cela bouge beaucoup. Dany est quelqu’un qui a besoin de beaucoup de liberté. La vie, avec lui, est très loin d’être un long fleuve tranquille mais c’est finalement, très amusant.

Case extraite de Transylvania
© Casterman


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Dany, vous vous écartez du cadre des petites nanas des blagues coquines tout en mettant en scène d'autres charmantes petites créatures, vos vieux démons vous rattrapent-ils ?

Dany : Chassez le naturel, il revient au galop ! Je pense aussi qu’Yves H m’a écrit un scénario sur mesure. Il sait ce que j’aime dessiner. Du coup, il n’a pas gommé les scènes un peu « hot » de l’histoire, au contraire. Je trouve le thème de Dracula sexy, il n’y a qu’à voir toutes les adaptations qui en ont été faites et entre autre l’excellent film de Coppola. C’est ce qui m’a séduit au départ : cette fascination du mal, de l’abomination, le plaisir d’être victime… Il y a du SM là dedans ! Il y avait donc des séquences un peu chaudes et cela m’a amusé de les dessiner.

J’ai essayé de me démarquer des albums coquins mais, et je le reconnais, c’est peut-être un de mes plus gros défauts en tant que dessinateur : les femmes que je dessine se ressemblent toujours un peu… Il faudrait que je mette plus de variété dans ces personnages. C’est la faute de Marcy ! C’est le genre de filles que j’aime, elles me plaisent comme cela ! Quant au style réaliste de l’album, si on regarde un peu ce que j’ai fait dans ma carrière, j’ai régulièrement varié les genres, les styles. J’ai horreur des étiquettes ! Au début, j’avais celle du dessinateur romantique et cela m’énervait. Je savais que j’étais capable de faire autre chose et je ne m’en suis pas privé. J’ai cassé cette étiquette avec « Histoire sans Héros », « Bernard Prince » ou les blagues coquines.



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Comment en êtes-vous arrivé à dessiner des blagues coquines ?

Dany : Mon éditeur avait remarqué que je ne dessinais pas trop mal les jeunes femmes, surtout déshabillées. Joker m’a proposé de faire des albums dans ce genre. Au début, il s’agissait plus d’illustrations érotiques mais cela m’embêtait un peu et j’ai préféré traiter cela d’une manière rigolote. Donc, j’ai illustré des blagues un peu salaces en BD en utilisant ce style franco-belge très classique où le dessinateur fait preuve d’un certain réalisme, pour les décors, les voitures, les costumes, etc…

Cela rend les blagues plus crédibles, Et c’est ce style, ce « mariage » qui est, à mon avis, la clé du succès de ces albums!



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D’autres auteurs dessinent aujourd’hui les blagues coquines. Il y a même une série qui porte ce nom. Que pensez-vous de cette « reprise » ?

Dany : Je suis un peu furieux qu’ils aient choisi « blagues coquines » comme titre. Ce terme, qu’ils m’ont d’ailleurs volé, entraîne une confusion. C’est une erreur éditoriale et c’est pour cela que mes albums s’appellent maintenant « Ca vous intéresse ?». Mais je suis certain qu’il y a toujours de ce fait une confusion dans les commandes chez les libraires et chez les lecteurs.

Par contre, je ne suis pas du tout contre le fait que d’autres dessinateurs dessinent des blagues coquines. Je n’ai pas le monopole du genre !

Quand on a constaté le succès fulgurant de mes premiers albums coquins, mon éditeur m’a demandé de ne plus faire que cela. Il aurait fallu faire deux à trois planches par semaine. Cela ne me convenait pas. Je voulais bien en faire, mais à mon rythme et en gardant la possibilité de faire de temps en temps un album d’un autre genre. Vu la demande, on m’a proposé que d’autres dessinateurs reprennent le dessin des blagues coquines sous mon nom. J’ai refusé car je ne voulais pas être directeur de collection et encore moins gagner de l’argent sur le travail d’autres dessinateurs.

Ce que je trouve un peu dommage, c’est que chaque fois qu’ils engageaient un nouveau dessinateur, ils lui fourraient mes albums sous le nez en disant « Tu fais comme ça ! » En conséquence, de très bons dessinateurs comme Gürsel par exemple, étaient obligés de faire du Dany ! Dans leurs BD, je retrouvais mes attitudes pratiquement décalquées, mais également des bouts de décors ou des bagnoles repris tels quel. Cela m’énervait un peu ! Autre chose, l’éditeur hollandais (pas Joker) reprenait parfois carrément des gags que j’avais déjà dessiné et les donnait à refaire à d’autres dessinateurs, ce qui créait des doublons. Déplorable !

Je trouve vraiment dommage d’avoir créé ces confusions.



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On vous a vu travailler dans différents genres. Quel est celui qui a votre préférence ?

Dany : Le style qui m’est le plus naturel est celui que j’utilise pour Olivier Rameau. Il y a cela, et les blagues coquines… Mais le plus évident pour moi reste Olivier Rameau ! Quand je fais du réalisme, j’ai plus de difficultés. Je n’ai pas le talent d’un Hermann,d’un Boucq ou d’un Gibrat : je ne suis pas un dessinateur réaliste. Mais je me suis amusé sur l’album Transylvania. Ce qui m’a beaucoup aidé, c’est toute cette documentation et ces croquis que j’avais à ma disposition. Ils m’ont été très utiles pour retranscrire l’ambiance de ce pays.



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Vous avez travaillé avec plusieurs scénaristes différents, vous avez-vous-même été votre propre scénariste. Quels ont été les changements de méthode de travail ?

Dany : Je ne gagne pas de temps lorsque je travaille avec un scénariste.

D’une part parce que j’aime beaucoup retravailler la mise en scène et les dialogues. Je ne suis pas un dessinateur passif qui se contente d’illustrer un texte sans l’interprêter. Cela me cause d’ailleurs parfois des petits problèmes avec certains scénaristes quand je remanie un peu trop leur travail.

D’autre part, il faut un certain temps, lorsqu’on reçoit un scénario, pour le digérer, l’assimiler et le retranscrire alors que, si vous travaillez sur votre propre scénario, vous avez déjà en tête les images, l’ambiance que vous voulez y mettre. C’est presque plus simple, plus rapide, plus évident.

Par contre, il y a des rencontres absolument passionnantes avec les scénaristes. Par exemple, Dufaux, Van Hamme, Greg, Yves H., Desberg et bien d’autres encore, sont des personnes que je pourrais écouter pendant des heures. Ils ont un bagage intellectuel que je n’ai pas et une autre manière d’appréhender la vie, les gens… C’est un contact passionnant. Je suis content de faire ces rencontres et c’est cela qui m’importe.

Il y en a d’autres avec lesquels j’aimerais travailler mais il me faudrait 25 vies et malheureusement je n’en ai qu’une.



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Pas de problème vu que vous avez 25 ans !

Dany : (Rires !) C’est vrai ! Si je suis un peu marqué, c’est à cause du travail de documentation… Surtout pour les blagues coquines ! C’est épuisant !

Case extraite de On va plus loin
© Editions Joker


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Vos séries connaissent un franc succès. Quel effet cela vous fait-il d’être lu par tant de personnes ?

Dany : C’est bien. J’espère qu’il y en aura plus encore ! C’est absolument nécessaire pour une BD d’avoir du succès sinon l’éditeur ne continue pas à la publier même si elle a plein de qualités.

La BD est un art commercial. Cela ne veut pas dire qu’il faut faire des albums en se disant « Les trucs qui marchent pour le moment, c’est Largo Winch ou Titeuf, donc on va faire des dizaines de trucs comme ça ! » A partir de ce moment-là, on fait un sous-Largo ou un sous-Titeuf. Ce sera de toute façon moins bon ! La réussite, ce sera plutôt pour quelqu’un qui arrive avec quelque chose qui n’a jamais été fait jusque là, qui va surprendre. En ce qui me concerne, je réalise les BD que j’aurais envie de lire et puis après, j’espère que cela touchera le plus grand public possible. En fait, on rencontre son public par hasard, par chance ! Jamais avec un plan marketing.

Cela va parfois même à l’encontre des décisions éditoriales. Je me souviens, il y a quelques années de cela, un directeur éditorial a dit à Pica (Pierre Tranchant qui dessine les Profs) : « Arrête de travailler pour les enfants, cela n’a plus d’avenir ! C’est fini ! Il faut dessiner des BD pour adultes » Et un peu tard, sont arrivés Titeuf, Kid Paddle, Cédric et le Petit Spirou… qui sont des succès énormes ! Ce directeur avait tout faux ! Bon, heureusement, ils ne sont pas toujours aussi nuls !



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On en lit des choses sur Internet. Pourriez-vous nous éclairer en nous disant si c’est de l’info ou de l’intox :

1) Il existerait un projet de mise en dessin animé des blagues coquines ?

Dany: C’est déjà sorti en DVD et VHS. Il s’agissait de blagues d’une minute qui servaient d’interlude entre deux séquences d’émissions de charmes (disparues sous la pression d’associations puritaines). En même temps que lesdites émissions, les dessins animés ont disparus. Mais ils ont été commercialisés en Allemagne et en Hollande.

Pour Olivier Rameau, il y a déjà eu des projets : on avait, entre autres, songé à créer des dessins animés à la « Mary Poppins » avec à la fois des acteurs et des animations. Je suis même allé à Los Angeles pour cela, mais finalement nous n’avons fait que des dessins animés pilotes, faute de moyens.



2) Vous avez envie de faire quelque chose avec Yann ?

Dany : J’ai déjà eu des contacts avec lui et je l’aime beaucoup mais, l’un comme l’autre, nous avons déjà beaucoup de projets en cours. Il m’avait parlé d’une histoire sur les bateaux qui franchissent le Cap Horn. Une collaboration dans l’immédiat n’est, hélas, pas d’actualité.

J’ai déjà travaillé avec lui il y a longtemps pour un collectif de parodies des histoires de l’Oncle Paul. J’en avais réalisée une sur la bête du Gévaudan. Cela a changé ma manière de travailler car Conrad et lui m’avaient demandé de dessiner de manière plus déconctractée par rapport à Olivier Rameau, et cela m’a beaucoup plu !



3) Vous souhaiteriez faire une BD sur les arnaques dans l’humanitaire et la charité ?

Dany : Arnaque est peut-être un grand mot ! Je pense qu’il y a des gens très bien dans l’humanitaire mais qu’il y a aussi des personnes pour qui c’est un business. Parfois, sur 100 € versés, il n’y en a que 3 qui arrivent réellement à l’œuvre, le reste étant dépensé en frais de fonctionnement, de voyages ou pire, en plantureux salaires et voitures de luxes, je ne parle même pas des primes de départ qui peuvent parfois se chiffrer en millions ! Je trouve cela dégueulasse et que cela doit être dénoncé. Mais sans faire du préchi-précha, j’aimerais le faire au travers d’une histoire d’aventure ou d’une BD humoristique. Je trouve que c’est un sujet intéressant à aborder. L’humanitaire sera d’ailleurs présent dans mon prochain projet.



Justement, quel est-il ?

Dany : Je vais parler de l’humanitaire dans un album d’Héroïc-Fantasy !!! C’est un projet sur lequel je travaille avec Arleston dans le cadre des Légendes de Troy. Cet album était initialement prévu plus tôt. Il a été retardé à cause de Transylvania. Je ne pouvais mener de front les deux histoires. Heureusement, Arleston et les éditions Soleils ont été compréhensifs et ont attendu que j’aie fini l’album pour Casterman. Parallèlement à ce projet, comme d’habitude, je fais des tas d’autres choses, des illustrations, des affiches et des planches dans des collectifs, etc… Bref, je me disperse mais, rien à faire, j’adore faire mille choses différentes en même temps !



Si vous étiez un personnage de BD, quel serait-il ?

Dany : (Gros blanc) Quand j’étais gamin, j’aurais voulu être Gil Jourdan ou Jean Valhardi. Maintenant, ce serait plutôt Niklos Koda ou le Scorpion pour être toujours comme eux, entouré de très jolies filles !!! (rires)



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Que peut-on vous souhaiter pour la suite  ?

Dany : Que cela continue ! Je n’ai pas envie de changer ma manière de vivre, et encore moins qu’on me force à la changer ! Pourquoi la changer, d’ailleurs ? C’est vrai que je suis le type même du mauvais élève … mais qui n’est pas pénalisé, alors … Je veux garder la même liberté





 
Philippe Delaby