Interview réalisée
par Héloïse Dautricourt à l'occasion de la sortie de l'album "L'otage", le 6 ème album des aventures de Wayne Shelton (paru aux éditions Dargaud).
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Tout le monde attend avec impatience le nouveau Wayne Shelton. Pourriez-vous nous en dire un peu plus ? |
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Christian Denayer : Le nouveau Wayne Shelton s’appellera « L’Otage » et sortira au mois de février. C’est un one shot de 46 pages. L’otage est un personnage que Shelton doit aller délivrer à la demande d’Honesty. Vous saurez pourquoi dans l’album. D’habitude, il ne fait pas ce genre de démarches, non pas qu’il soit vénal, mais parce que son job consiste plutôt à débrouiller des situations difficiles d’un tout autre genre. Ici, il va le faire gracieusement pour sa copine Honesty.
Ce personnage qu’il va tenter de délivrer, Shelton ne l’aime pas beaucoup parce qu’il s’agit du premier amour d’Honesty et qu’elle en a gardé un souvenir plus qu’ému.
Ce type, journaliste, est donc pris en otage par un groupe de rebelles africains dans un pays en révolution. Et comme toujours dans ce type d’enlèvement, la presse en fait grand bruit.
Tête baissée, Shelton est parti sans trop réfléchir pour chercher ce personnage dans la jungle africaine.
Il va y rencontrer d’autres protagonistes tout à fait étonnants. Il n’y en aura aucun de sympa ! Sauf son ancien ami, Jef, qui va l’aider à se débrouiller dans cette aventure. Jef est belge et à peu près le même âge que Shelton. Il va l’aider à piloter un avion qui doit avoir l’âge de Jef et de Shelton réunis. Bref cela promet quelques belles aventures !
 © Dargaud
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Comment s’est passé votre relation avec ce personnage. Comment a-t-il été créé ?
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Christian Denayer : Il a été créé par Jean Van Hamme en 1982 pour une série télévisée en quatre épisodes. Il en avait écrit entièrement le scénario et le tournage avait été commencé. Puis, la production a fait faillite et Van Hamme a récupéré ses droits et son scénario qu’il a mis dans un tiroir !
Il l’en a sorti fort heureusement fin 1999, début 2000 et m’a proposé de l’illustrer en deux tomes, ce que j’ai fait avec « la Mission » et « la Trahison ».
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Au fil des albums, on a vu sa personnalité évoluer. L’homme froid et presque antipathique s’est humanisé. Comment avez-vous ressenti cette évolution du personnage ? |
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Christian Denayer : Jean Van Hamme avait dit qu’il ne ferait que deux tomes et que, si la série marchait bien, je pouvais la continuer avec un autre scénariste. Lui n’avait pas envie de se lancer dans une nouvelle série puisqu’il arrêtait à ce moment-là XIII et Thorgal. Il s’avère que la série a très bien démarré et donc nous avons contacté Thierry Cailleteau qui a été très surpris de se voir proposer la succession, ce qui n’est pas évident du tout. Il s’en est très bien, tiré parce qu’il s’est demandé qui est ce Shelton. En effet, je crois que les deux premiers albums ne donnent pas cette information. Thierry Cailleteau s’est dit : « Je veux me rendre ce personnage sympathique ! » Il a donc choisi de faire découvrir Shelton d’épisode en épisode.
On a déjà découvert dans le tome 3, « le Contrat » que notre héros est un homme honnête. Quand il a reçu l’argent de la Mission, il a voulu rétribuer toute l’équipe y compris ses équipiers décédés. Il ne s’est pas dit : « Ok, cet argent est pour moi, l’argent qui était prévu pour eux va venir dans ma poche », au contraire, il s’est mis en quête de retrouver les héritiers pour leur remettre la part qui revenait à ses coéquipiers.
Dans le quatrième tome, « le Survivant », on le perçoit un peu plus encore. Il se découvre un fils dont il ignorait l’existence et pour cause, ce garçon s’était autoproclamé son fils ! Mais le temps de rencontrer ce pseudo-fils, il s’y attache et … le perd. On s’aperçoit ainsi que Shelton a des sentiments ce qui permet de déboucher sur des aventures intéressantes où il se révèle et révèle d’autres personnages qui font partie de son entourage.
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Lors de la création de la série, c’était Jean Van Hamme qui en assurait le scénario. Depuis le troisième tome, c’est Thierry Cailleteau qui s’en charge. Quelles sont pour vous les différences marquantes de travail avec ces deux scénaristes ? |
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Christian Denayer
: Un changement de personnalité entre Jean Van Hamme et Thierry Cailleteau, tout d’abord. Il y a aussi un changement de lieu de contacts. Jean Van Hamme habitant Bruxelles, c’était pratique, on se voyait au moins une fois par semaine. Thierry Cailleteau habite près de Rouen, c’est déjà nettement plus difficile, heureusement il y a le téléphone et Internet.
En outre, il y a surtout un changement dans la méthode de travail : Van Hamme ne livre son scénario que quand il est entièrement terminé, c'est-à-dire le synopsis écrit et le découpage terminé planche par planche. A priori, on n’y changera plus rien. On peut discuter mais rien de fondamental ne changera.
Thierry Cailleteau écrit également son scénario entièrement avant de le remettre au dessinateur mais ne fait pas tout le découpage. Il se réserve la possibilité d’apporter des modifications en fonction de ce qu’il aura vu de la part du dessinateur. Si un dessinateur interprète un personnage d’une manière qui l’intéresse, il s’accorde le droit évident de modifier le scénario en fonction de ce personnage parce qu’il lui trouvera la tête qui permettra de développer une variante à l’histoire.
Les deux principes se conçoivent. Je dois dire quand même que pour le dessinateur, il est plus confortable de travailler avec un scénario entièrement terminé.
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Vous avez-vous-même scénarisé précédemment 5 tomes de Génération Collège est-ce plus facile de travailler seul ou avec un scénariste ? |
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Christian Denayer : Je crois qu’il est plus difficile de travailler seul parce que le travail de scénariste est très important. Je m’en suis rendu compte à cette période. Il faut raconter des histoires qui accrochent, des histoires intéressantes. De plus, le scénariste a une très grande responsabilité, et je ne parle pas de la responsabilité commerciale, mais de celle qu’il a vis-à-vis de ses personnages. En effet, il a le droit de vie ou de mort sur ses personnages et il doit décider du sort de ceux-ci en tenant compte de l’influence de ce sort sur l’histoire.
Il y a aussi le problème du dessinateur qui illustre ses propres scénarios. Ainsi quand il commence à dessiner, il connaît déjà toute l’histoire, il n’est plus surpris par le scénario, il doit donc essayer de se surprendre lui-même par son dessin ce qui n’est pas évident. A contrario, quand on dessine avec un scénariste extérieur, on est toujours surpris par ce qu’il raconte.
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Les Casseurs, Génération Collège, Wayne Shelton, Alain Chevallier, Gord, on peut dire que vous avez diversifié les genres. Avec quoi vous êtes-vous le plus amusé ? |
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Christian Denayer : Je crois que je me suis amusé avec tous car je ne les aurais pas faits sinon ! Et je ne les aurais pas faits aussi longtemps pour certains (21 albums des Casseurs, 17 d’Alain Chevallier).
Je crois que ceux qui m’ont fait le plus vibrer, c’est Génération Collège d’une part car j’ai tout fait moi-même et que cela correspondait aux histoires de ma fille qui avait l’âge des protagonistes.
Je trouvais cela très intéressant et c’était une façon aussi de me rapprocher de ma fille et de publier quelque chose qui l’intéressait directement et touchait aussi les jeunes de son âge.
J’ai vibré d’autre part en recommençant cette série « Wayne Shelton » avec Jean Van Hamme parce que travailler avec ce grand scénariste est une consécration et que c’est un challenge absolument formidable de commencer un défi pareil à l’âge où d’autres pensent à la préretraite. J’ai trouvé cela extraordinaire de me lancer dans un projet comme celui-là et de continuer maintenant dans le même le esprit et avec la même motivation.
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Une constante dans vos albums, ce sont les voitures et les camions. D’où vous vient la passion de dessiner de belles mécaniques ? |
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Christian Denayer : C’est une passion qui remonte à mon plus jeune âge. J’ai des vagues souvenirs de quand j’étais enfant, vers l’âge de cinq ou six ans, je dessinais déjà des voitures, enfin, c’était plutôt des machins avec des roulettes !
J’ai toujours eu la passion pour tout ce qui roule et tout ce qui bouge et je me rappelle quand j’étais gamin, j’allais au salon de l’auto avec mon père et j’étais fasciné par les belles américaines avec des ailes démesurées, chromées de partout et avec des couleurs pistache ou fraise écrasée ! Je trouvais cela génial !
Donc, automatiquement pour moi, la voiture a toujours été un personnage. Quand on lit les « Casseurs », c’est la voiture, la vedette ; l’engin, plus qu’Al et Brock. Ce qui m’a intéressé, c’était d’animer ces « personnages », de faire bouger ces voitures. Il n’y a rien de plus statique qu’un dessin. Il fallait que je trouve le moyen de donner le mouvement par de la poussière qui vole, des effets de lignes de vitesses, des onomatopées… J’ai beaucoup de plaisir à dessiner ces personnages que sont les engins.
 © Dargaud
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Différenciez-vous le travail de dessinateur du plaisir d’écrire ? Autrement dit vous sentez-vous vraiment « au travail » ? |
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Christian Denayer : Oui et non. Il y a des jours où je me sens au boulot, au charbon ! Il y a des jours où c’est plus difficile parce que je n’ai pas envie mais je suis quand même obligé de le faire comme tout le monde qui va travailler parce que j’ai un contrat, des délais à respecter…
Il y a des choses que j’aime moins dessiner, c’est certain. Je n’aime pas tout dessiner. Je n’aime pas non plus tout ce que je fais, donc il y a des moments où je ne suis pas content ! Mais, d’une manière générale, je trouve ce métier fabuleux. C’est extraordinaire de m’amuser depuis tellement d’années et d’être payé pour cela. |
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Quel est votre personnage avec lequel vous avez le plus d’affinités ? |
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Christian Denayer : Wayne Shelton car c’est un personnage qui a la cinquantaine bien sonnée, c’est mon cas et je dirais même que dans mon cas, elle a bien bien sonné (rires). Je le comprends donc très bien.
Mais je pense qu’au moment où j’ai fait chaque série, le personnage que je dessinais était mon personnage préféré. Quand je dessinais Al et Brock, j’avais beaucoup de plaisir à les dessiner. C’était la même chose avec Alain Chevallier.
Quand on s’investit dans un travail comme la BD, si on n’a pas de plaisir avec ce qu’on fait, ce n’est pas possible de faire ce métier ! On s’implique tellement, on est tellement plongé dans cet univers que si c’est contre son goût, on ne le fait pas longtemps.
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Vos séries connaissent un franc succès. Quel effet cela vous fait-il d’être lu par tant de personnes ? |
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Christian Denayer : Je déteste ! (rires) Non, je trouve cela fabuleux, quelle question ! Je suis d’ailleurs toujours émerveillé de rencontrer des gens en dédicace qui viennent vous dire, on a bien aimé vos bouquins. Parfois ils disent qu’ils n’ont pas aimé… Et ceux-là je ne les aime pas du tout ! (rires) C’est toujours intéressant de parler avec les gens, c’est ce que j’aime le plus.
Je fais un métier de solitaire, même si ma femme travaille à côté de moi (elle fait les couleurs pour d’autres dessinateurs), je travaille seul sur mes planches et lorsque je vais en séance de dédicaces, j’ai enfin le plaisir de partager mon travail avec le lecteur. Là, j’ai enfin un retour.
C’est un peu comme l’acteur de théâtre qui entend la salle. Il a un retour direct par les applaudissements. Lors des séances de dédicaces, je reçois parfois des applaudissements, toujours des sourires… Le fait que quelqu’un vienne faire dédicacer un album est un applaudissement. S’il vient faire dédicacer une BD c’est qu’il l’a achetée et appréciée. C’est une forme d’applaudissement que j’apprécie beaucoup.
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Quel est votre prochain projet ? |
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Christian Denayer : C’est de sortir l’album qui va paraître en février et surtout de commencer l’album suivant, le tome 7 dont nous n’avons pas encore le titre.
Ce sera une histoire en deux tomes, dont le premier sera situé en Europe et le second en Argentine.
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Si vous étiez un personnage de BD quel serait-il ? |
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Christian Denayer
: Spirou de Franquin mais mon cœur balance aussi pour Blake et Mortimer et j’ai aussi un côté « Libellule » de Tillieux quand je disjoncte.
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Que peut-on vous souhaiter pour la suite ? |
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Christian Denayer
: Je voudrais que Shelton progresse et tienne. J’y crois, tout comme le scénariste et l’éditeur ! La série marche bien mais ce serait encore mieux si cela continuait et s’amplifiait. Mais déjà, il faut reconnaître qu’on n’a pas à se plaindre.
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