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    avec BATEM
 








Interview réalisée par Héloïse Dautricourt et Thibault Richard à l'occasion de la sortie de l'album "Magie Blanche", le 19ème épisode des aventures du Marsupilami (paru aux éditions Marsu Production).




Dédicace de Batem (Dec 2006)
 


Le 19ème album du Marsupilami,  « Magie Blanche », vient de sortir, pourriez-vous nous le présenter ?

Batem Cet album est parti d’une idée que j’avais eue il y a 3 ou 4 ans. J’avais vraiment envie de faire neiger sur la jungle de Palombie. Je sentais que la neige allait entraîner une avalanche de gags mais je ne savais pas comment l’y amener. Comme à l’époque, je travaillais encore à Liège en atelier avec des amis, j’en ai parlé à Stéphane Colman qui s’est proposé pour m’écrire ce scénario qui est vraiment d’enfer !

Il y a amené une petite touche de lyrisme… C’est très poétique ! Il faut le découvrir ! Et, effectivement, quand il neige dans une jungle comme celle de la Palombie, cela conduit à des gags incroyables !!!



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Reprendre un personnage existant pour créer une nouvelle série n’est pas évident. Comment avez-vous appréhendé à l’époque ce défi ?


Batem : D’abord, j’étais beaucoup plus jeune. Il va bientôt y avoir 20 ans de cela. A l’époque, si André Franquin m’avait proposé de balayer son atelier ou de gommer ses planches, j’aurais également été partant !

Quand Marsu Productions a voulu relancer les aventures du Marsupilami, André Franquin était emballé. Il voulait revoir son personnage vivre de nouvelles aventures. Par contre, vu ses problèmes de dépression, il n’avait pas envie de s’attaquer tout seul à des albums de 44 planches. Il a alors cherché un jeune dessinateur et s’est souvenu de moi. Ce fut un conte de fée ! Par contre, je crois que si on me le proposait aujourd’hui, je serais nettement plus inquiet. Mais à l’époque, j’ai foncé tête baissée.

Par la suite, quand je me suis retrouvé à ma table à dessin face au scénario de Greg, j’ai commencé à paniquer, persuadé que je n’y arriverais jamais. Il faut savoir qu’à l’époque, je n’avais fait qu’une ou deux planches par ci par là, pour des éditions de presse européennes (Tremplin, Doremi…). D’une manière générale, Je faisais de l’illustration, à savoir des grands dessins de 50/70 cm inspirés de la BD, mais c’est très différent des planches. Je me suis donc retrouvé très angoissé et suis allé tirer le bas de pantalon d’André Franquin qui m’a proposé de revoir cela ensemble. Suite à cela, nous travaillions de la manière suivante : je recevais le scénario de Greg et je commençais à faire le découpage sur feuille A3, ensuite j’allais chez Franquin et on revisitait ensemble le scénario. Enfin, armé de ses conseils précieux et de ses croquis, je réalisais les planches.

En définitive, cet album, la queue du Marsupilami a été réalisé en quatre mois. C’était un fameux défi !



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Vous avez travaillé avec différents scénaristes. Vous avez d’ailleurs également été votre propre scénariste. Avez-vous subi des changements de méthodes de travail en fonction de ces différentes personnes ?

Batem : Oui et non. J’ai l’habitude de dire, et que cela reste entre nous, que j’ai été à mauvaise école ! Cela fait bizarre de tenir ces propos alors que j’ai eu la chance de travailler avec Franquin… Mais je m’explique :

Quand nous avons travaillé avec André sur la queue du Marsupilami, nous avons suivi scrupuleusement le scénario de Greg. Dès le deuxième album, nous avons senti que Greg n’accrochait plus et qu’il allait tout doucement se retirer. Il faut préciser que le Marsupilami est un personnage très difficile à mettre en scène vu qu’il ne parle pas. Sentant cette diminution de motivation, André Franquin et moi avons commencé à sortir du scénario tout en continuant à en suivre le fil conducteur. On s’est amusé, on a ajouté des éléments, on s’est écarté du scénario pour y revenir après… Depuis lors, j’aime adapter les scénarios, même si ce n’est pas bien !

Quand j’ai rencontré Yann, ce n’était plus possible car il était extrêmement précis. Par la suite, quel qu’ait été le scénariste, je me baladais dans le scénario.

Cela m’a occasionné de petits soucis, d’autant plus que je ne suis pas quelqu’un qui prend le téléphone facilement. Donc, je reçois un scénario, et puis je travaille et j’adapte ce qui ne me plaît pas ! Dugomier me reprochait ce manque de communication et il a tout à fait raison !!!

Pour répondre techniquement à votre question, les scénarios de Greg sont manuscrits, ceux de Yann très précis, déjà prédécoupés et croqués. En travaillant avec Fauche et Adam, je retrouve le manuscrit, puis avec Dugomier les petits croquis. Enfin, je travaille avec Colman qui est lui-même dessinateur et qui présente l’avantage d’être un ami proche. Il a fait son découpage et son scénario en fonction de moi. Il sait ce que j’aime dessiner et on le ressent en lisant l’album, je suis très à l’aise dans cet univers. Les scénario que j’ai écrit moi-même, c’est autre chose, évidemment !

Une autre expérience avec Dugomier (les démons d'Alexia, les Campeurs, ...) fut la réalisation de deux albums de gags en une page, ce qui de base était mission impossible pour moi.



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A ce propos, préférez-vous dessiner des histoires complètes ou des histoires en une page ?

Batem : On me demande souvent si je n’en ai pas marre de dessiner le Marsupilami. La réponse est non ! A partir du moment où je suis à ma table à dessin, je suis heureux. De ce fait, j’ai aimé dessiner les gags en une page et pourtant, c’était un exercice difficile. Mais quand j’ai lu les idées de Vincent Dugomier, je me suis vraiment très bien amusé et me suis prêté au jeu avec plaisir.

Toutefois, pour moi, le Marsupilami doit évoluer dans la jungle (NDLR : les deux albums de gags en une page du Marsupilami se déroulent dans un cirque). Il faut tout faire pour que la jungle soit un personnage à part entière. Maintenant qu’on y est revenu, je ne veux plus qu’on la quitte. Sinon, on peut envoyer le Marsupilami n’importe où- pourquoi pas dans l’espace- et cela n’a plus de sens. C’est clair que je suis beaucoup plus à l’aise et heureux dans la jungle de Palombie. Aussi, quand Vincent Dugomier m’a proposé l’Orchidée des Chahutas et la Robinson Academy, je me suis senti beaucoup plus dans mon élément.



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De quoi vous inspirez-vous pour dessiner la Palombie ?

Batem : J’ai acheté énormément de bouquins et surtout, André Franquin m’a beaucoup inspiré. Il m’a rappelé que la jungle n’est pas limitée en Palombie et qu’elle est ouverte à tout : c’est l’Amérique du Sud, mais ce n’est pas un pays existant. De ce fait, on peut créer les trucs les plus improbables, les arbres les plus infernaux avec des feuilles gigantesques…

A partir du moment où je referme mes livres sur les indigènes d’Amazonie, sur la jungle, j’en suis imprégné, je délire et voici la jungle de Palombie !



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Votre série connaît un franc succès. Quel effet cela vous fait-il d’être lu par tant de personnes ?

Batem: Je ne pense pas à cela. J’en suis très heureux et je le constate en séance de dédicaces où j’ai toujours énormément de monde. Même s’il faut avouer qu’il y a une majorité de collectionneurs. Je respecte ce public qui achète l’album fait la file avec patience, bien que je ne suis pas convaincu qu’ils les lisent toujours…

Ce qui me touche le plus, ce sont les gamins. J’essaie d’ailleurs de faire de plus en plus de séances qui leur sont exclusivement réservées. Le public de mes BD, ce sont les enfants de 6 à 14 ans, en espérant qu’avec les scénarios de Stéphane Colman, on touche un public plus large. C’était déjà le cas précédemment avec Dugomier. Il parvient à scénariser des BD avec deux lectures : celle des enfants et une lecture pour les plus âgés. Dans Robinson Academy, par exemple, si on observe Sabrina, on constate qu’elle est toujours en train de remuer une fesse ou d’exhiber un sein !!! 

Il faut reconnaître que la notoriété du Marsupilami a un peu changé : depuis que le dessin animé existe, tous les enfants connaissent le Marsupilami, mais ce n’est pas pour autant qu’ils connaissent les albums. Alors qu’il y a quelques années, j’avais des gamins qui arrivaient devant moi dans le stand car ils étaient attirés par la peluche Marsupilami de décoration !



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Etes-vous impliqué dans la conception du dessin animé ?

Batem : Oui, surtout pour la première série. J’en ai réalisé la bible graphique, c'est-à-dire que j’ai repris sous tous les angles tous les personnages récurrents et essayé de fournir un maximum d’informations aux animateurs. Il faut savoir qu’une grande partie de l’animation est faite en Chine et que les Chinois n’ont pas la même culture et, par conséquent, ne connaissent pas le Marsupilami. Il faut donc donner un maximum d’informations pour garder une cohérence par rapport aux personnages.

Ensuite, avec la complicité de mon ami Olivier Sève, nous avons relu entièrement les synopsis et redessiné tous les personnages secondaires (surtout lui, d’ailleurs). La bible graphique dont je parlais est constituée des personnages, des décors, des éléments de la ville, des personnages secondaires…

Pour la deuxième série, ils m’ont envoyé énormément de mail pour me demander mon avis sur les décors que je trouve très beaux même si cela s’écarte un peu de mon univers. Ce qui a toujours été important pour moi, c’est que même si le Marsupilami n’est pas à l’écran, on devine tout de suite de quel dessin animé il s’agit. En ce sens, les décors sont primordiaux.

OPar contre, en ce qui concerne les personnages de la deuxième série, je ne suis pas d’accord. Je trouve que cela n’a plus rien à voir avec la BD. Le concept est chouette : il y a la jungle, le Marsupilami qui est omniprésent, je trouve que l’idée du personnage du capitaine qui fait la jonction entre la ville et la jungle est très bonne mais beaucoup de personnages secondaires n’ont plus rien à voir avec le graphisme des albums. La bible graphique que j’avais réalisée a entièrement été redessinée à la demande de Marathon (le producteur) par un autre dessinateur qui a soi-disant « cleané » mon travail. En fait, ils en ont fait autre chose dans un but commercial… A mon détriment !

Je suis ravi que les gamins découvrent et aiment le Marsupilami, mais je suis un peu amer quand à la dernière série&hellip



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Il a été question d’une adaptation du Marsupilami au cinéma. Le projet d’Alain Chabat va-t-il se faire ?

Batem : Le projet d’Alain Chabat va se faire ! En tous cas, il continue à travailler en ce sens. De quelle manière y serais-je impliqué, je l’ignore. Pour le moment, j’ai reçu des visuels de la tête du Marsupilami, vu qu’il sera en images de synthèse. Ils m’ont demandé mon avis et je l’ai donné. Ce qu’ils en feront, c’est une autre histoire !

J’ai rencontré Alain Chabat au vernissage de l’expo Franquin à Paris. Il était apparemment ravi de me rencontrer et moi aussi… C’est quand même Alain Chabat ! Mon côté midinette a pris le dessus ! Il m’a dit qu’il était ravi de me rencontrer que nous allions nous revoir à Bruxelles pour travailler ensemble. Et j’y tiens particulièrement ! Pour moi, si on fait le film, il faut que ce soit extraordinaire, sinon, cela n’en vaut pas la peine.

C’était en 2004 et depuis lors, j’ai reçu les visuels, le film est prévu pour 2008.



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Si vous étiez un personnage de BD, quel serait-il ?

Batem : Là, c’est la première fois qu’on me la pose !

Je ne serais certainement pas le Marsupilami car il ne parle pas, ni Gaston Lagaffe, bien que je l’adore, car je suis très ordonné… J’avoue que je n’avais jamais pensé à cela… J’aimerais bien être aussi beau qu’Olivier Rameau pour séduire Colombe…

Gamin, j’avais un côté boy-scout à fond donc, j’irai voir de ce côté-là… Allez ! Hamster Jovial !



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Quels sont vos prochains projets ?

Batem : J’ai pratiquement terminé les 10 premières pages du prochain Marsupilami. C’est toujours un scénario de Stéphane Colman. Le titre provisoire est « Bienvenue en Palombie ». C’est une histoire d’amour du début à la fin et cela raconte aussi la genèse du Marsupilami. Comment est apparu le premier Marsupilami sur terre… La rencontre de la nuit et du jour… C’est très poétique !



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Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Batem : De façon tout à fait terre à terre et matérielle, une meilleure distribution, car je suis un peu fatigué de voir qu’alors que les gens connaissent et aiment le Marsupilami, on ne trouve pas l’album qui vient de sortir en supermarché. Ca, ça me gonfle !!!

Je suis en train de travailler sur un deuxième projet qui ne sera peut-être pas chez Marsu Productions. Donc, on peut me souhaiter que ça marche ! Je suis très emballé. Précédemment, j’ai fait Jack Sélère et Sam Speed, mais c’étaient des commandes. Je l’ai fait et je me suis bien amusé. Quand La Sirène m’a proposé cela, c’était dans la lignée du Joe Bar Team, je ne suis pas dupe. Même si je me suis amusé à les faire, cela reste une commande. Ce nouveau projet me motive plus !


L'équipe du Graphivore remercie chaleureusement Batem pour sa gentillesse et sa disponibilité. L'équipe remercie la galerie "Les dessous du dessin" pour son acceuil de dernière minute.



 
Gos & Walt