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Interview de Yann Lindingre réalisée par Bruno Gilson et Ludovic Foulon dans le cadre de la sortie de l'album "Titine au Bistrot", paru aux éditions Fluide Glacial.
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Bonjour Yann Lindingre. Heureux de t'accueillir à Louvain-La-Neuve sous un temps particulièrement clément propice à ta désaltération légendaire... Tu vas donc nous présenter Titine au bistrot sorti récemment aux Editions Fluide Glacial et dont tu fais actuellement la promotion lors de ce Fluide Slumberland Tour 2007.
Peu de gens connaissent ton parcours parsemés d'embûches qui t'a mené au neuvième art, raconte-nous ton histoire s'il te plaît !Salut, je m'appelle Yann. Yann Lindingre. Je viens de Belgique. La BD est tout d'abord une erreur de parcours. Au départ, je tenais vaille que vaille à faire du cartoon, des dessins indépendants les uns des autres. Manque de chance pour moi, cela ne trouvait place dans les magazines et ne plaisait d'ailleurs ni à Spirou ni à Fluide Glacial. L'Echo des Savanes fut par contre un minimum réceptif. De fil en aiguille, j'ai donc commencé à l'Echo en y calant quelques petits dessins. Rien de transcendant mais le principal était acquisd. Par contre, les portes se sont réellement ouvertes à partir du moment où j'ai accepté de faire de la BD! C'était tout simplement un problème de mise en page et non de dessin indépendant, ce que l'on appelle des cartoons en somme! Il leur était impossible de les intégrer dans leurs magazines. Donc mon salut était clairement de se mettre à la BD. J'ai baissé pavillon, et effectivement j'ai commencé à être publié en même temps que j'apprenais la BD.
On ne peut donc parler ni de parcours traditionnel en ce qui te concerne, ni de réalisation « standard » de tes planches.Non effectivement ! Tout le monde travaille avec ses tripes, ça c'est clair ! Mais le truc c'est que j'ai eu d'autres métiers avant. Là où j'ai appris tout seul un maximum, c'est en me mettant à la place du lecteur. C'est-à-dire que quoi que je fasse, je laisse refroidir le sujet. Ensuite, je reprends mes planches et je les lis tout simplement comme si je les découvrais. Si cela ne fonctionne pas, je recommence. Il s'agit là d'une méthode empirique. Je ne travaille pas avec des règles, avec un schéma classique, je me mets simplement à la place du lecteur.
Arrives-tu cependant à conserver une relative fraîcheur scénaristique suite à tes nombreuses relectures ?Il y a quelque chose de brut quand j'écris mon scénario. Je ne peux pas le travailler comme si j'allais au bureau. Je ne vais pas me lever le matin en me disant: « Ca y est! Aujourd'hui, je vais pondre un scénario! ». Il me faut du temps pour qu'un bon scénario prenne forme. Quand je sais que je me suis mis plus ou moins un thème en bouche, il faut que toutes mes idées macèrent. Cela prendra peut-ête quinze jours à trois semaines. Et puis là crac ! A un moment donné, je suis prêt et je dépose un premier jet. Je dirais que c'est là que se trouve la matière. Ensuite, à partir de ce premier jet qui est en général de l'écriture, je vais y revenir quatre ou cinq fois. Je fais donc entièrement confiance à mon instinct, à la pulsion que j'ai eue au moment où je me suis mis à écrire. Ensuite, je la peaufine.
Il y a toutefois un gros problème quand on écrit et que l'on réécrit! Quand on a trouvé une idée poilante la première fois, elle ne fait plus jamais rire. A tel point que quand on passe à la réalisation des planches, la finalisation, l'encrage et la mise en couleur, on est presque écoeuré de ce que l'on a imaginé.On ne sait plus du tout si ce que l'on a fait est bon ou mauvais. Donc non, la fraîcheur est uniquement présente au moment où l'on a la pulsion. Après, ce n'est que du travail d'artisan.
La pulsion que tu as tenté de retranscrire dans Titine au bistrot, est-ce plutôt Titine ou plutôt le bistrot ?Titine est un prétexte, c'est simplement un personnage. J'ai repris vaguement l'idée de Martine à l'école, Martine à la plage. Pour des raisons d'ordre juridique, dira-t-on, cela ne s'est pas appelé Martine. L'idée majeure était d'émanciper Martine et de montrer qu'elle agrandi. Mais manque de bol, elle n'est pas devenue la petite nénette souhaitée par ses parents. Elle est devenue libre, crade, insouciante. Elle fait la bringue, elle est au rmi. Ca, ça me plaît quoi : l'idée d'une famille petite bourgeoise qui a voulu fabriquer un bon résultat et puis s'est loupé. J'ai toutefois repris un concept des bouquins de Marlier : on ne voit jamais les parents. Dans le mien par contre, ses parents sont morts dans un accident d'autobus en faisant la route des vins en Alsace. Ils ont brûlé, ils ont été flambés par du mare de Gewürztraminer. J'étais parti de cette idée-là, dans le but de réaliser un one-shot de cinq pages. Et finalement, j'ai trouvé que c'était pas mal Martine, le petit frère, le chien et le bistrot.
Titine au bistrot sera-t-il un one-shot ou verra-t-il fleurir pléthore de déclinaisons comme les albums de Marlier ?Je me suis vraiment pris au jeu avec Titine. J'aime bien ce personnage, je me sens à l'aise avec elle. Je sens que tout est bien en place et j'aimerais bien continuer. Le premier tome n'est pas un gros carton commercial mais j'aimerais toutefois poursuivre. Si on fait un deuxième album, c'est que Thierry Tinlot est d'accord pour poursuivre l'aventure. De toute façon, c'est lui qui décidera au final. J'ai déjà la moitié d'un album qui est fait en tous les cas, je pourrais le finir pour décembre. J'ai déjà dessiné quatre épisodes publiés dans Fluide glacial et je planche actuellement sur le cinquième. Je peux déjà affirmer qu'à la rentrée il y aura une histoire de réunion sex-toys avec Titine. Je ne peux malheureusement pas tout dévoiler !
Quels arguments opposes-tu aux détracteurs de cette déviation « martinienne » qui la juge dégradante par rapport à l'originale et ses valeurs ?Finalement, ce n'est pas très vulgaire, il n'y a pas de scènes de cul, tout est suggéré. Dans Titine, généralement, j'utilise des artifices : on voit des gens avant et après, mais on ne les voit jamais dans le feu de l'action. C'est un peu comme dans le vieux films américains, les gens se disent « vous » puis le lendemain « tu » et on comprend qu'ils ont passé la nuit au plumard. J'utilise ce genre de subtilité, je ne montre pas les gens dans des situations de copulation.
Que l'on dise que c'est vulgaire, etc, je m'en fous un peu. Séparer l'idée de la vulgarité, de la grossiereté, je m'en tape. Je veux bien être un mec vulgaire mais je ne vois pas l'utilité de représenter une nenette bourrée en train de se faire mettre. La subtilité se trouve plutôt dans les dialogues. Moi qui passe pour un mec vulgaire, je tourne autour du pot, je ne représente jamais quelqu'un en train de se faire ramoner...
And last but not least. Si tu avais une baguette magique, quel personnage de BD incarnerais-tu ?Forcément le capitaine Haddock, je suis sûr de ne jamais mourir de soif...
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