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    avec SERGE DEHAES
 








Interview de Serge Dehaes réalisée par Bruno Gilson et Ludovic Foulon dans le cadre de la sortie de l'album "Manager - Mode d'emploi", paru aux éditions Fluide Glacial.


 
Bonjour Serge Dehaes. Heureux de vous accueillir à Louvain-La-Neuve sous un soleil particulièrement présent et propice aux nombreuses délations annoncées... Vous allez donc nous présenter Manager – Mode d'emploi sorti récemment aux Editions Fluide Glacial et dont vous faites actuellement la promotion lors de ce Fluide Slumberland Tour 2007.

Pouvez-vous présenter la genèse de ce projet et ses finalités ?
Bonjour le Graphivore ! À l'origine, avant de commencer à parler des personnages, il faut savoir qu'il s'agit d'un travail de commande. Tous les strips sont issus d'une commande réalisée pour le supplément emploi du magazine Vacature - qui a changé de nom et qui s'appelle Références maintenant. J'illustrais des articles sur le thème des ressources humaines avec à chaque fois des thématiques précises pas toujours très drôles. Et j'essayais de trouver le pendant léger qui permettait une accroche visuelle plus agréable et moins traditionnelle que l'homme d'affaire avec son attaché-case.


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Peut-on parler de parcours de publication un zeste chahuté avant votre arrivée dans le giron des éditions Fluide et votre publication au format BD classique ?
L'aventure Vacature a duré un peu plus de 18 mois, jusqu'au moment où Rossel a décidé de racheter le titre. Suite à un changement éditorial, ils ont décidé de supprimer tout ce qui touchait au dessin. Je me suis donc retrouvé orphelin de mon support. Je me suis mis en quête de trouver un nouveau magazine un peu plus rigolo. Je me suis donc logiquement tourné vers Spirou même si j'étais en complet décalage parce que mon ouvrage reste une série assez adulte. Les thèmes abordés concernent effectivement des gens qui ont déjà une vie sociale. Thierry Tinlot qui était à l'époque le rédac-chef de ce magazine a toutefois publié ma série pendant 3 ans. Elle a été un moment interrompue parce que Thierry a quitté le navire et est parti aux éditions Fluide Glacial. Et voilà que je restais comme un cadeau empoisonné pour le nouveau rédacteur en chef. Il m'a bien gardé mais en espaçant mes parutions. Pour en revenir à Thierry, qui avait besoin d'alimenter ses parutions mensuelles, puisqu'il m'avait lancé chez Spirou, m'a embarqué dans l'aventure Fluide.


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Après un tel parcours chaotique, ne craignez-vous pas de perdre le fil conducteur de votre thématique ?
Pas vraiment car une énorme par de vécu imprègne mes planches. Vous allez en comprendre les raisons. Je me suis inspiré du directeur d'une agence de communication. Ce « gusse » est un ancien dessinateur de BD qui a décidé de se reconvertir en reconstituant autour de lui une structure classique d'entreprise. Comprenez une secrétaire, des graphistes, un commercial, etc. Ma série puise évidemment son inspiration dans cette réalité que j'ai côtoyée au fur et à mesure des années. J'y ai donc pompé certains gags qui sont parfois retranscris texto sans la moindre virgule changée. L'aspect parfois incompétent qui semble être une caricature est vraiment une réalité pure et dure.

Il est évident que tous les gens qui ont lu l'album s'y sont un peu projetés car, à un moment ou à un autre, chacun de nous est confronté à l'absurdité du monde, aux rapports de force entre sa hiérarchie et soi-même. Le phénomène de miroir est en cela inévitable.

La relation patron-secrétaire est également tirée de la réalité. Le personnage du fameux directeur dont je me suis inspiré est constamment - c'est peut-être pour cela qu'il ne faut pas le citer nommément – en train de faire la roue et essaie de séduire sa secrétaire. Ce fait semble éculé mais il s'agit réellement de harcèlement pur et dur. Il y a parfois des choses exagérées mais cette obstination à séduire cette secrétaire mariée et mère de famille est réelle.


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Auriez-vous des comptes à régler avec une partie de votre vie passée au point que vous en souligniez, sous forme de bande dessinée, les attitudes les plus démentielles ?
Je n'ai aucun compte à régler, ni à rendre d'ailleurs. Je n'ai jamais été employé. En fait, je ne travaille pas dans la structure ou l'entreprise que j'observe. Je suis donc un acteur passif dans cette société. Je vais de temps en temps manger avec certains employés qui sont mes amis avant tout. Je les écoute avec une oreille plus attentive que d'autres et je retranscris ce que je vois, ce qui m'est raconté. Je le répète, il ne s'agit pas là d'un règlement de compte. Je porte uniquement un regard amusé et moqueur sur ces histoires.


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Comptez-vous approfondir votre analyse caustique de l'abus de pouvoir hiérarchique ?
Il s'agit ici de mon premier album. Un deuxième est actuellement en chantier avec des scenarii sur le même mode de fonctionnement et le même univers. Mais j'ai bien envie de m'arrêter à ce second album parce que ce n'est pas la peine de creuser. Je finirais par me redire et je ne le souhaite en aucun cas !


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Quel lien vous unit à Philippe Geluck qui signe de sa griffe féline la postface de votre album ?
Personnellement, je suis coloriste de Philippe Geluck depuis 16 ans. Cela fait donc autant de temps que je collabore avec lui, qu'il y a une complicité qui s'est installée. Je n'ai pas fait que ses couleurs d'ailleurs. De nombreux projets ont été mis en chantier. Des projets de dessins animés sur lesquels j'ai travaillé au niveau des story-boards. Il y a eu également une série de livres pour enfants qui ont été réalisés à quatre mains, une espèce de no man's land dans lequel on ne sait plus très bien qui fait quoi, et qui était la série du Fils du Chat. Mais Philippe n'est pas quelqu'un qui, à mon grand désespoir, va privilégier ses amis ou son entourage. Il a une philosophie qui est la suivante : Il faut réussir de par soi-même sinon le mérite en sort amoindri. Il adopte d'ailleurs le même comportement à l'égard de son fils qui fait de la musique. Je suis désespéré pour lui parce que Philippe a les portes grandes ouvertes mais il n'a pas envie de les pousser pour son fils. Il a procédé de la même manière avec moi. Il avait l'opportunité, de par son poids, de me faire publier chez Casterman, la maison de son éditeur, mais il m'a laissé me dépêtrer. Finalement, il a eu raison car une fois mon bouquin sorti, je me suis dit que je ne lui devais rien.

Alors l'idée de la postface, c'est une volonté du directeur éditorial Thierry Tinlot qui souhaitait ce clin d'œil. J'aurais aimé quelque chose un peu moins mielleux, un truc un peu plus rigolo sur le monde du travail. J'y ai cependant trouvé une parade en mettant la couverture de mon livre à l'envers en sous-entendant qu'il n'a absolument rien lu et qu'il balance une gentillesse pour le principe.


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Voici la question rituelle a à laquelle peu échappent : quel personnage de bande dessinée incarneriez-vous ?
Le chat me plait bien paradoxalement parce qu'il a une identité qui n'est pas définie, il peut revêtir n'importe quel personnage et de là tout lui est possible. Sinon, je ne suis pas un grand lecteur de bande dessinée. J'ai aimé la BD jusqu'à une certaine période puis je m'en suis désintéressé. Mais depuis que j'ai un peu repris du service, je relis certains ouvrages. Mes références ont donc soit 20 ans d'âge, soit n'ont pas plus de deux ans.

Allez je vais dire Charlie Brown pour son côté nonchalant et sa culture américaine.



 
Jigounov et Mythic