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5 questions à GihefPublié le 12/08/2008

5 questions à GIHEF

Gihef, auteur de R.I.P. Limited, Enchainés et de la série en cours Haute Sécurité à répondu avec beaucoup de convivialité et de sympathie aux questions de Gil. Nous découvrirons quelques infos intéressantes au sujet de la série Haute Sécurité mais surtout et principalement sur son nouveau projet  dont la sortie est prévue pour janvier 2009 chez Dupuis dans la collection Repérages."Mr Hollywood" est le titre de cette nouvelle série. Gihef passe à présent de l'autre côté de la conception de la bd en tant que scénariste et c'est Eric Lenaerts qui donne vie graphiquement au personnage.

Avant de parler de ton nouveau projet, dis-nous ou tu en es dans la conception du tome 4 de haute sécurité.

Alors, en fait ma partie de travail sur le tome 4 est finie depuis belle lurette. Pour le moment, j’attaque la dernière ligne droite (les 15 dernières pages) du tome 5. J’ai remarqué que c’était un concept assez dur à comprendre pour pas mal de lecteurs qui me posent la question en dédicace. Il y a un lapse de temps relativement long entre la conception d’un album et sa sortie. C’est tout à fait normal et justifié par le fait qu’il faut encore le mettre en couleur, l’imprimer, le relier et enfin le distribuer.

D’ailleurs, si certains de nos détracteurs qui nous accusent de surfer sur la vague de Prison Break s’intéressaient d’un peu plus près aux coulisses de notre métier, ils se rendraient vite compte qu’il est impossible d’avoir pompé quoi que ce soit sur cette série télé, dans le sens où nous avons commencé à bosser sur le tome 1 fin 2005 (soit juste après avoir terminé le tome 4 d’Enchaînés). La série télé n’est arrivée que près d’un an plus tard sur les ondes francophones.

Si je devais revendiquer une influence sur le concept de Haute Sécurité, ce serait la série OZ, une vraie série carcérale qui était produite par HBO et diffusée en Belgique sur Canal+ à la fin des années 90. Et croyez-moi, elle n’avait rien à envier à Prison Break…

La collaboration avec Callède se passe toujours aussi bien? Explique-nous l'histoire votre collaboration.

 Oui, ça se passe plutôt bien. On commence déjà à se sentir comme un vieux couple. J’aime travailler avec lui, mais sans pousser jusqu’à l’échangisme, j’ai envie d’explorer d’autres univers que ceux qu’il me concocte. On a été mis en contact par Vents d’Ouest il y a un peu plus de 5 ans à présent. A l’époque, je devais faire un essai sur Tatanka, mais comme un autre dessinateur (qui n’a finalement pas été pris) bossait déjà dessus, Callède m’a proposé de bosser sur un autre projet qu’il avait sous le coude. Il m’a raconté le pitch en quelques mots et j’ai tout de suite été emballé. Quatre albums plus tard, on a signé Haute Sécurité chez Dupuis. Et on est toujours dessus.

Passons maintenant à Mr Hollywood, quid de cette nouvelle série?

Alors, le concept de Mr Hollywood, c’est de découvrir l’envers du décor de la Mecque du Cinéma au travers du regard d’un jeune scénariste montant. Le héros, ironiquement appelé Orson Wells (avec deux « L », mais un seul « E »), débarque dans ce milieu hostile avec la ferme intention de laisser son empreinte sur le trottoir du Hollywood Boulevard. Il est jeune, beau, bourré de talent, mais aussi de problèmes psychologiques très lourds. Il est multiphobique, asthmatique, sujet à de violentes crises de panique,… Autant dire qu’il n’a pas choisi le milieu qui lui convenait le plus.

Mais il est porté par une passion à toute épreuve, et finira très vite par se faire une place au soleil qu’il n’aura de cesse d’essayer de conserver au fil des albums. Chaque tome constituera un récit complet, ce qui aujourd’hui me semble un choix éditorial judicieux devant la production massive. Le lecteur n’aura ainsi pas besoin d’attendre un an avant de connaître la fin de l’histoire. C’est assez drôle, car c’est comme ça que les séries longues étaient formatées autrefois (XIII, Thorgal, Spirou, Gil Jourdan,…). Les cycles étaient plutôt réservés aux séries plus courtes. Bref, le tome 1 doit sortir en janvier 2009, et j’avoue être plus qu'impatient !

Ton choix s'est porté sur Eric Lenaerts...pourquoi ce choix?

 C’est plus qu’un choix en fait. Je connais Eric depuis plus de 10 ans. C’est mon ami, mon « mentor », c’est grâce à lui si je fais de la BD aujourd’hui. Il m’a beaucoup appris graphiquement. Eric a collaboré avec de nombreux auteurs : Pascal Renard, André-Paul Duchateau, Dominique Latil et André Taymans. Il s’avère qu’il a réalisé un album sur les Voyages d’Alix pour Casterman. Ensuite, il n’avait plus de projet en chantier. On en a parlé longuement, au début je prenais ça pour une boutade. Il me lançait des « tiens Gihef, pourquoi tu m’écrirais pas un truc, toi ?! ». C’est probablement un léger manque de confiance en moi qui me forçait à ne pas prendre sa demande très au sérieux. Puis, un jour, je me suis lancé. Je lui ai écrit un projet assez glauque qui se déroulait en hôpital psychiatrique. Deux éditeurs ont paru intéressés avant de jeter l’éponge. Le doute s’est donc installé. On avait envie de retenter un projet ensemble, quelque chose de plus soft, peut-être une série longue. Le problème que je rencontrais à l’époque était de trouver une trame conceptuelle qui nous permettrait d’avoir suffisamment de matos pour faire au moins 10 albums.

On en a reparlé au festival de St-Gilles ensemble un soir, et je lui ai fait comprendre que ça m’était particulièrement difficile d’imaginer une série longue. Le lendemain, allez savoir pourquoi, j’ai eu un flash. Le concept de Mr Hollywood m’est tombé sur le coin de la tronche comme une Vierge à Lourdes. Il ne m’a fallu que quelques jours pour le développer. Il y avait tous les ingrédients qui nous éclataient tous les deux : les palmiers, les gonzesses sexy et les belles bagnoles pour Eric, le milieu du cinéma pour moi. Le concept du projet a très vite plus à Daniel Bultreys, le directeur de la collection Repérages chez Dupuis (avec qui je travaillais déjà sur Haute Sécurité), et on a signé fin 2007.

As-tu quelque chose à ajouter à propos de ta nouvelle série?

On a tenté (avec succès j’espère) de faire quelque chose d’un peu différent. En apportant un ton particulier sur la série, qui passe essentiellement par des ambiances oniriques, un soin particulier sur les dialogues, et un dessin réaliste, classieux, glamour et souple. On est à cent lieues du canevas thriller/polar/aventures. Ce serait plutôt de la comédie dramatique. Il n’est pas impossible que les lecteurs qui me suivent depuis Enchaînés soient quelque peu déconcertés.Si je devais comparer à un genre de films, j’appellerais ça de la « feel-good BD ». On parle de faits graves sur un ton léger. Evidemment, ça a déjà été fait auparavant, mais (à ma connaissance) jamais avec un dessin réaliste. L’exemple type qui me vient à l’esprit est « Le Combat Ordinaire » de Larcenet pour qui je voue une admiration sans borne.

Mais ma principale source d’inspiration vient des séries télé contemporaines, plus particulièrement celles de HBO, comme Curb Your Enthusiasm (je suis un grand fan de Larry David, co-créateur de la série Seinfeld), Six Feet Under (qui est à mon sens LA meilleure série jamais réalisée à ce jour), Entourage ou Californication (qui n’est pas une série HBO). Partant du principe que tout a déjà été raconté en bd, au ciné ou en littérature, je pense que pour innover aujourd’hui, il faut se concentrer plus sur la façon dont on raconte une histoire.


Si ce n’était pas vraiment le cas il y a 15 ans, il y a aujourd’hui une réelle richesse dans l’écriture télévisuelle, contrairement au cinéma. La tendance s’est inversée. Si on veut élaborer une série longue en BD, je crois que c’est de ce côté-là qu’il faut aller puiser l’inspiration. Pas évident de passer après Van Hamme, Dufaux, Tome, Yann ou Desberg…

 Interview © Graphivore 2008



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Source : Graphivore




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